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Paris, 6 mars 2012

Les espèces invasives menacent la biodiversité de l'Antarctique

Les graines transportées involontairement par les visiteurs pourraient perturber la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes du 6ème continent.

Une équipe internationale de scientifiques, parmi lesquels Marc Lebouvier, écologiste terrestre du laboratoire ECOBIO (Université de Rennes I / CNRS) et coordinateur de la Zone-Atelier de recherches sur l'environnement antarctique, et Yves Frenot, directeur de l'Institut Polaire Français (IPEV), présente pour la première fois, dans un article publié la semaine du 5 mars dans les PNAS, une évaluation du rôle des visiteurs dans le transport et l'introduction accidentelle de graines lors de leur voyage en Antarctique. A l'occasion de l'Année Polaire Internationale 2007-2008, plus de 5600 personnes rencontrées sur les navires ou avions de dessertes des programmes antarctiques nationaux ou des navires de tourisme ont répondu à un questionnaire sur leur origine et sur les pays fréquentés avant leur voyage en Antarctique. 853 d'entre -eux se sont prêtés à un examen minutieux de leurs effets personnels afin de déterminer à la fois le nombre de graines transportées et les espèces végétales concernées.

Au total, ce sont plus de 2600 propagules, graines ou fragments végétaux capables de participer à la dissémination des plantes, qui ont été récoltées dans les effets de ces volontaires. 43 %  de ces propagules ont pu être identifiées au niveau de l'espèce végétale. La moitié de ces espèces sont adaptées à des environnements froids et pourraient supporter les conditions rencontrées dans les régions de l'Antarctique les plus fréquemment visitées.
Bien que les auteurs aient trouvé que les visiteurs transportent en moyenne moins de 10 graines chacun, plusieurs espèces invasives ont déjà pu s'établir à l'ouest de la Péninsule Antarctique, dans une région déjà fortement touchée par le réchauffement et où les futurs changements climatiques sont susceptibles de faciliter l'installation de nouvelles espèces, originaires de régions plus tempérées.

L'étude a aussi permis de discriminer les contributions respectives des différents types de personnes se rendant en Antarctique : les équipages de navire / avion, les touristes, leurs guides, les scientifiques et les personnels logistiques et de maintenance des bases polaires. Si les touristes et les membres d'équipages transportent moins de graines que les scientifiques, les guides ou les personnels logistiques des bases, leur nombre est quatre fois plus important et leur fréquentation est concentrée sur un petit nombre de sites.

Enfin, les chercheurs ont évalué la probabilité pour ces espèces étrangères de s'établir en Antarctique dans les conditions climatiques actuelles et, à l'horizon 2100, en se basant sur les scénarios climatiques du GIEC en relation avec les émissions de gaz à effet de serre. Cette étude propose, pour la première fois, une évaluation des risques d'établissement d'espèces étrangères  à l'échelle du continent lui-même.

Les auteurs mettent en exergue les risques potentiels d'invasions biologiques en Antarctique en relation avec l'évolution rapide des conditions climatiques et soulignent les impacts que cela pourrait avoir sur la biodiversité et les écosystèmes locaux. Cette étude fournit aux signataires du Traité sur l'Antarctique et du Protocole pour la Protection de l'environnement, dit aussi Protocole de Madrid, des bases de réflexion pour minimiser les risques d'introduction d'espèces sur le continent blanc.

Espèces invasives

© M. Hullé

Programme API Aliens in Antarctica : à la recherche d'espèces exotiques par inspection des équipements d'un passager du Marion Dufresne en route vers les îles subantarctiques françaises.


  


Références :

Continent-wide risk assessment for the establishment of nonindigenous species in Antarctica. Steven L. Chown,Ad H. L. Huiskes, Niek J. M. Gremmen, Jennifer E. Lee, Aleks Terauds, Kim Crosbie, Yves Frenot, Kevin A. Hughes, Satoshi Imura, Kate Kiefer, Marc Lebouvier, Ben Raymond, Megumu Tsujimoto, Chris Ware, Bart Van de Vijver and Dana Michelle Bergstrom. PNAS. Semaine du 5 avril 2012.

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