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Paris, 29 février 2012

Impact de l'orpaillage sur les algues des rivières guyanaises

L'orpaillage en Guyane modifie durablement les caractéristiques des communautés de diatomées, petites algues unicellulaires, en éliminant les espèces les plus vulnérables à la turbidité(1) de l'eau. C'est le résultat d'une recherche effectuée par des scientifiques du laboratoire évolution et diversité biologique (CNRS/Université Paul Sabatier Toulouse III/Ecole nationale de formation agronomique) sur des sites d'orpaillage actifs ou abandonnés localisés dans la réserve naturelle des Nouragues. Ces travaux, publiés dans la revue Ecological Indicators de Mars 2012, ont pour but de contribuer à la création de nouveaux indices biologiques permettant d'évaluer l'état des rivières amazoniennes.

C'est une véritable ruée vers l'or qu'est en train de vivre la Guyane : on estime que le nombre de sites d'orpaillage clandestins se situe entre 500 et 900. D'après l'Office National des Forêts, plus de 1300 kilomètres de rivières et 12 000 hectares de forêt seraient directement affectés par cette activité. Il est bien connu que cette pratique a un effet très négatif sur l'environnement à cause du mercure relâché dans les rivières. En revanche, on connaît moins l'impact écologique de l'accroissement de la turbidité des eaux dû à l'orpaillage.

Pour mieux connaître un des aspects de cet impact, les chercheurs se sont penchés sur les populations de diatomées, algues unicellulaires mesurant de 2μm à 1mm. Ils ont étudié leurs communautés sur une dizaine de sites d'orpaillage actifs ou abandonnés depuis quelques mois, ainsi que dans des rivières de référence n'ayant jamais été perturbées par les chercheurs d'or. En brossant pierres et morceaux de bois sur lesquels les diatomées se fixent, ils ont pu comparer les populations présentes dans ces différents sites localisés dans le bassin de l'Approuague.

L'analyse montre un fort impact de l'activité minière sur ces communautés. Dans les sites d'orpaillage, la proportion de certaines espèces diminue au profit d'autres espèces, et ceci, pour des raisons fonctionnelles. En effet, parmi les diatomées, certaines sont solidement fixées tandis que d'autres sont capables de se déplacer à la surface du substrat. Ces dernières résistent beaucoup mieux à l'impact de l'orpaillage.

D'après les chercheurs, l'impact de la turbidité de l'eau s'explique de deux manières. D'une part, dans les eaux troubles, la quantité de lumière qui arrive  jusqu'aux algues est plus faible, ce qui diminue, de fait, la production primaire(2). D'autre part, les sédiments soulevés par les chercheurs d'or retombent peu à peu sur les algues et les asphyxient. Voilà pourquoi les diatomées capables de se mouvoir résistent mieux : elles peuvent se hisser au-dessus de la couche de sédiments au fur et à mesure que celle-ci les recouvre. Par ailleurs, les chercheurs n'observent pas de déformation du squelette siliceux des diatomées. Ces déformations n'apparaissent que  lorsqu'il y a une forte contamination au mercure.

En plus de connaître l'impact de l'orpaillage sur les communautés d'algues, ces recherches ont pour but de participer à la mise au point de nouveaux indices biologiques permettant de connaître et de suivre l'état de santé des écosystèmes des rivières de Guyane. Les diatomées sont déjà un indicateur très utilisé dans les rivières européennes, mais pour l'adapter au milieu amazonien, il faut connaître la dynamique propre des populations locales et leur réaction face aux perturbations humaines. Les chercheurs s'intéressent aussi à d'autres bioindicateurs tels que les poissons, les crustacés ou les larves aquatiques d'insectes. Après le bassin de l'Approuague, et plus récemment, le bassin du Maroni, les chercheurs vont continuer leur travail sur ces espèces sentinelles dans le bassin de l'Oyapock.

confluence de cours d'eau

© Kamran Khazraie

Confluence d'un cours d'eau présentant une forte turbidité du fait d'une activité intense d'orpaillage


diatomée eunotia

© Loïc Tudesque

Diatomée du genre Eunotia (45µm) à faible capacité motrice


diatomée Surinella

© Loïc Tudesque

Diatomée du genre Surirella (59µm) à forte capacité motrice



Notes :

(1) Etat d'un liquide trouble. Teneur importante (normale ou non) en matières fines ou colorantes en suspension.
(2) Production de matière organique végétale issue de la photosynthèse par unité de temps

Références :

Influence of small-scale gold mining on French Guiana streams: Are diatom assemblages valid disturbance sensors? Loïc Tudesque, Gaël Grenouillet, Muriel Gevrey, Kamran Khazraie & Sébastien Brosse. Ecological Indicators 14 (2012) : 100-106, mars 2012.

Contacts :

Chercheur CNRS l Sébastien Brosse I T : 05 61 55 67 47 I brosse@cict.fr
Loïc Tudesque I T : 05 61 55 69 11 I loic.tudesque@univ-tlse3.fr

Presse CNRS l Nuno Marcelino l T 01 44 96 43 90 l nuno.marcelino@cnrs-dir.fr


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