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Paris, 19 OCTOBRE 2011

Une étude franco-américaine démontre que l'Homme de Néandertal chassait les oiseaux et pêchait dès 250 000 ans

Les Néandertaliens sont toujours présentés comme des chasseurs de gros gibiers dont ils tireraient la majorité de leurs moyens de subsistance. Ils montreraient peu d'intérêt ou seraient incapables d'acquérir de petits gibiers, comme des poissons ou des oiseaux. Les découvertes récentes de la grotte de Bolomor (Espagne), Fumane (Italie) et maintenant Payre (France) montrent que ce point de vue est erroné et que cette pratique date d'au moins 250 000 ans. C'est ce que vient de démontrer une étude franco-américaine menée par Bruce Hardy (1) du Kenyon College (USA) et impliquant notamment en France, Marie-Hélène Moncel (2), chercheur au laboratoire « Histoire naturelle de l'Homme préhistorique » (Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS). Elle a été récemment publiée par la revue PLoS One.

Le site de Payre est une ancienne grotte effondrée située en Ardèche. Les fouilles qui ont été conduites de 1990 à 2002 ont permis de dégager plusieurs niveaux d'occupation du
Paléolithique moyen datées entre - 250 000 et - 125 000 ans.
Les occupations saisonnières du site ont eu lieu lors de phases climatiques tempérées.
La fouille archéologique a permis la découverte d'une grande variété d'outillages lithiques, essentiellement sur du silex local mais également sur des silex provenant de gîtes plus éloignés
sur un rayon d'une soixantaine de kilomètres, ainsi que sur du quartz, du quartzite, du calcaire et du basalte.
Des restes osseux d'ongulés ont été découverts dans les différents niveaux d'occupation, essentiellement de grands herbivores, tels que des bovidés, des équidés et des cervidés.
L'observation des ossements révèle des stries de découpe caractéristiques d'un travail de boucherie qui confirment que ces herbivores ont été chassés et consommés sur place par
les occupants.


L'analyse fonctionnelle de l'outillage lithique, ainsi que celle des résidus adhérents, montre tout d'abord que les types d'outils n'étaient pas utilisés pour un usage spécifique et spécialisé mais choisis de façon opportuniste en fonction des matériaux à travailler et de la forme de leurs bords, distinguant des zones fonctionnelles utilisées pour le traitement de matières fragiles comme les muscles et les peaux et celles ayant servi à traiter des matériaux plus durs comme l'os et le bois.

L'analyse tracéologique (3) des 182 artefacts a révélé la présence de résidus variés à la surface et dans le creux des retouches. Les résidus identifiés permettent d'apporter la preuve que certains bords d'outils ont servi à une activité de boucherie mais également au tannage des peaux. D'autres outils mettent en évidence le travail du bois. La découverte la plus spectaculaire, de manière plus inattendue, est celle de la présence de résidus de plumes, d'arêtes de poissons, et d'amidon témoignant de la découpe d'oiseaux, de pêche et de consommation de féculents. Les restes d'oiseaux et de poissons étant fragiles, ils se conservent souvent moins bien que ceux des gros gibiers que l'on retrouve régulièrement lors des fouilles. La seule prise en compte des données archéologiques introduit donc un biais potentiel en faveur du gros gibier terrestre que l'analyse des résidus et la tracéologie permettent de révéler.

Comme les résultats du site de Payre le démontrent, l'ensemble des activités qui se sont déroulées sur le site était beaucoup plus vaste que supposé par les études archéozoologiques, et atteste la capacité des Néandertaliens à s'adapter à tous les milieux, tirant partie au mieux des potentiels de leur environnement. La capture de petites proies, comme les oiseaux et
les poissons, est souvent considérée comme la preuve d'une supériorité cognitive présumée spécifique à l'Homme moderne.

Cette étude démontre que les Néandertaliens étaient capables d'exploiter une large gamme de gibiers. Elle apporte également la preuve que la chasse des oiseaux et la pêche par les Néandertaliens était très ancienne.


Notes :

1. Bruce Hardy Associate Professor, Dept. of Anthropology, Kenyon College, Gambier, Ohio, USA
2. Marie-Hélène Moncel, Directeur de Recherches, UMR Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS 7194 « Histoire naturelle de l'Homme préhistorique »
3. La tracéologie ou analyse fonctionnelle est une discipline scientifique liée à l'archéologie - et en particulier à l'archéologie préhistorique - qui a pour but de déterminer la fonction des outils par l'étude des traces produites lors de leur utilisation en se basant sur l'examen des polis et des stigmates d'usure, notamment à l'échelle microscopique.

Références :

Hardy BL, Moncel M-H (2011). Neanderthal Use of Fish, Mammals, Birds, Starchy Plants and Wood 125-
250,000 Years Ago. PLoS One 6(8): e23768. doi:10.1371/journal.pone.0023768

Contacts :

Presse CNRS
Priscilla Dacher
01 44 96 46 06
priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

Presse Musée de l'Homme
Isabelle Gourlet
01 44 05 72 31
igourlet@mnhn.fr


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