Moteur de recherche

 

Espace presse

Paris, 9 juin 2011

Quand le port d'Athènes était une île

Principal port d'Athènes, le Pirée a été une île de 4 800 à 3 400 avant J.-C. soit près de 4 500 ans avant la construction du Parthénon sur l'Acropole. Ce résultat vient d'être établi grâce à l'étude et à la datation de sédiments prélevés dans les environs du Pirée, par une équipe franco-grecque (1) co-dirigée par Jean-Philippe Goiran, chercheur CNRS au laboratoire « Archéorient - Environnements et sociétés de l'Orient ancien » (CNRS/Université Lyon 2) et Kosmas Pavlopoulos (Université d'Athènes). Menés en collaboration avec des collègues des universités d'Athènes, de Paris 1 et de Paris Ouest, ces travaux sont publiés dans la revue Geology du mois de juin 2011.

En parcourant le Pirée aujourd'hui, qui pourrait croire que cette zone urbaine a été une île séparée du continent par un bras de mer ? Au Ier siècle après J.-C., le géographe grec Strabon a pourtant émis l'hypothèse que le Pirée avait été une île. Située à environ 7 km au sud-ouest de l'Acropole d'Athènes, cette vaste colline rocheuse a abrité les trois ports antiques de la capitale grecque : Zea, Mounichia et Cantharos. Au cours du Ve siècle avant J.-C., ce lieu stratégique a été relié à Athènes par une route protégée de murailles garantissant la sécurité du passage, les « Longs Murs ».

Jusqu'à présent, aucune étude archéologique n'avait été menée pour vérifier l'hypothèse de Strabon. Afin d'éprouver cette « intuition », des chercheurs franco-grecs ont effectué une dizaine de carottages géologiques, sur plus de 20 mètres de profondeur, dans l'actuelle plaine du Céphise située entre Le Pirée et Athènes. Ils ont comparé ces carottages, véritables archives sédimentaires, aux archives textuelles. Chaque couche sédimentaire a ainsi été datée via la technique du carbone 14. Grâce à ces études stratigraphiques, les chercheurs ont mis en évidence quatre grandes étapes au cours de l'évolution des paysages côtiers dans la région du Pirée.

Première phase, entre 6 700 et 5 500 avant J.-C., le niveau marin de la mer Méditerranée était alors bien plus bas qu'aujourd'hui : la colline du Pirée n'était pas une île, elle était rattachée géologiquement au continent. Puis, entre 4 800 et 3 400 avant J.-C., le niveau marin s'est élevé : c'est alors que le Pirée est devenu une île. Troisième étape, à partir de 2 800 avant J.-C., la vitesse de montée du niveau marin a commencé à ralentir et, dans le même temps, des sédiments ont été apportés massivement par les cours d'eau voisins. Ce double phénomène a provoqué une accumulation de sédiments au niveau de la plaine du Céphise. Un paysage lagunaire s'est alors mis en place. Enfin, au Ve siècle avant J.-C., à l'époque de l'édification du Parthénon à l'Acropole, les lagunes subsistaient. Pour construire les Longs Murs, les ingénieurs de l'époque ont donc été amenés à combler ces zones marécageuses.

Comment expliquer l'intuition de Strabon, qui vécut 3 500 ans après que le Pirée fut une île ? Première hypothèse, il s'est appuyé sur les écrits de ses prédécesseurs. Autre possibilité, il a réalisé une analyse du paysage côtier lors de son passage à Athènes au Ier siècle après J.-C.: à l'époque, le rocher du Pirée émergeait autour d'une plaine littorale encore marécageuse. Enfin, Strabon s'est peut-être appuyé sur ces deux raisonnements pour supposer que la mer devait être présente entre Athènes et le Pirée à une époque plus ancienne.

Cartes_Piree

© dessinateur : Julien Cavero CNRS /Université Lyon 2

Evolution des paysages côtiers entre Athènes et Le Pirée depuis le 7e millénaire avant J.-C.


 

Télécharger cette carte en HD (merci de respecter légende et crédit). 


Notes :

(1) Ce travail a impliqué en France les trois laboratoires suivants : l'Unité « Archéorient - Environnements et sociétés de l'Orient ancien » (CNRS/Université Lyon 2), l'Unité « Archéologies et sciences de l'Antiquité » (CNRS/Universités Paris 1 et Paris Ouest/ministère de la Culture et de la communication) et le Centre de recherche de géographie comparée des Suds et des Nords (Université Paris Ouest – Nanterre La Défense).

Références :

Piraeus, the ancient island of Athens : Evidence from Holocene sediments and historical archives. Jean-Philippe Goiran, Kosmas P. Pavlopoulos, Eric Fouache, Maria Triantaphyllou and Roland Etienne. Geology, Juin 2011

Contacts :

Chercheur l Jean-Philippe Goiran l T 04 72 71 58 44 - 0039 331 53 14 182 (jusqu'au 11 juin 2011) et 06 83 72 78 66 (à partir du 11 juin, midi) l jean-philippe.goiran@mom.fr
Presse CNRS l Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr


Haut de page

Derniers communiqués
Toutes disciplines confondues

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique