
Paris, 19 janvier 2010
Le noyau subthalamique (NST) est une petite zone cérébrale associée à la motricité. L'équipe du laboratoire de neurobiologie de la cognition (CNRS, Université Aix-Marseille 1) dirigée par Christelle Baunez, a montré en 2005 (1) que sa lésion diminuait la motivation des rats pour la cocaïne, tout en augmentant leur motivation à travailler pour la nourriture. Elle prouvait ainsi que les circuits neuronaux impliqués dans les motivations pour les drogues et les récompenses naturelles (eau, nourriture…) pouvaient être dissociés, alors que l'on pensait que ces circuits étaient identiques.
Une lésion dans le cerveau pouvant difficilement être proposée comme solution pour soigner les toxicomanes, les chercheurs devaient trouver une autre technique visant le NST. C'est chose faite : ils démontrent en effet dans leurs travaux publiés dans PNAS que la stimulation à haute fréquence du NST, technique qui inactive la zone cérébrale sans la détruire, reproduit les effets d'une lésion.
Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont appliqué chez le rat la stimulation à haute fréquence du NST et ont testé la motivation des animaux pour la cocaïne et pour la nourriture dans différents tests comportementaux.
Dans un premier test, la motivation des animaux est mesurée en augmentant progressivement l'effort à fournir pour obtenir une récompense : le rat doit appuyer de plus en plus de fois sur un levier pour s'auto-administrer de la cocaïne ou de la nourriture. Les rats soumis à la stimulation à haute fréquence du NST montrent une motivation moindre pour obtenir de la cocaïne par rapport aux animaux non stimulés. Au contraire, la stimulation augmente la motivation à fournir un effort pour obtenir de la nourriture.
Dans un autre test, les rats sont entraînés à associer un environnement à une injection de cocaïne et un autre environnement à une injection contrôle (sérum physiologique). Lorsqu'ils sont libres d'explorer les deux environnements, les animaux témoins passent beaucoup plus de temps dans l'environnement associé à la cocaïne, prouvant ainsi leur recherche des effets de la drogue. Les rats soumis à la stimulation à haute fréquence du NST se promènent indifféremment d'un compartiment à l'autre. Lorsque cette expérience est réalisée avec de la nourriture, les rats stimulés montrent au contraire une augmentation du temps passé dans l'environnement associé à la nourriture.
La stimulation à haute fréquence du NST est actuellement utilisée dans le cadre de la thérapie de la maladie de Parkinson, mais aussi pour le traitement des troubles obsessionnels compulsifs et de l'épilepsie. Ces travaux montrent qu'elle pourrait également représenter une stratégie chirurgicale envisageable pour traiter la dépendance à la cocaïne. Il est d'ailleurs intéressant de noter que chez les patients parkinsoniens qui souffrent d'un problème de dépendance à leur traitement pharmacologique (agissant sur le même système que la cocaïne), la stimulation à haute fréquence du NST permet de traiter cette dépendance.

© Sylvie Lardeux
(1) Baunez et al, Nature Neurosci. 2005, 8, 484 – 489
Reducing the desire for cocaine with subthalamic nucleus deep brain stimulation. Rouaud T*, Lardeux S*, Panayotis N, Paleressompoulle D, Cador M, Baunez C. Proceedings of the National Academy of Science (PNAS), 19 janvier 2010
Chercheur CNRS l Christelle Baunez l T 04 88 57 68 76 l christelle.baunez@univ-provence.fr
Presse CNRS l Muriel Ilous l T 01 44 96 43 09 l muriel.ilous@cnrs-dir.fr
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