Des chercheurs viennent d'identifier une mutation génétique à l'origine d'une résistance au paludisme en Asie du Sud-est. Sous la direction d'Anavaj Sakuntabhai, de l'unité de Pathogénie virale de l'Institut Pasteur, et de Lluis Quintana-Murci, de l'unité de Génétique évolutive humaine (Institut Pasteur / CNRS), en collaboration avec l'Université de Mahidol en Thaïlande, ils ont pour cela mené pendant huit ans une vaste étude, intégrant des approches de génétique évolutive et épidémiologique, sur plus de 3500 personnes en Thaïlande. Les résultats de ces travaux ont montré que la mutation protectrice augmentait le taux de survie des porteurs de la mutation, et qu'elle est associée à une diminution significative de la quantité de parasites dans le sang.
Les chercheurs ont plus particulièrement démontré que la mutation était corrélée à une moindre charge parasitaire de Plasmodium vivax, principal agent du paludisme en Asie du Sud-est, où il est responsable de la moitié des cas. Ce parasite, en plus des symptômes classiques de la maladie, est à l'origine de problèmes de nutrition chez les enfants et de déficits pondéraux importants à la naissance, se répercutant ainsi de manière alarmante sur la santé, voire la survie des plus jeunes.
La mutation identifiée comme protectrice par les chercheurs, nommée G6PD-Mahidol487A, affecte le gène de l'enzyme G6PD. Associé à l'ingestion de certains aliments dits « oxydants », la déficience de cette enzyme entraîne des troubles plus ou moins sévères, comme des jaunisses ou des anémies. La mutation G6PD-Mahidol487A est particulièrement fréquente en Asie du Sud-est : 18 à 25% de la population en sont porteurs. L'étude, qui révèle son effet protecteur face à Plasmodium vivax, explique ainsi pourquoi cette mutation aux conséquences délétères a pu atteindre de telles fréquences dans cette région du monde. Des études précédentes réalisées en Afrique avaient montré qu'une autre mutation touchant ce même gène conférait une résistance à Plasmodium falciparum, principal agent du paludisme sur ce continent. Mais cette étude est la première à démontrer un lien direct entre une mutation affectant le gène G6PD et le paludisme causé par Plasmodium vivax.
L'étude a enfin permis de dater l'apparition de la mutation avantageuse G6PD-Mahidol487A dans le génome humain. Celle-ci est survenue il y a 1500 ans en Asie du Sud-est. Cette période coïncide avec l'extension de la culture rizière qui, nécessitant une déforestation massive, a favorisé le rapprochement entre les hommes et les moustiques, vecteurs de la maladie. Devant cette « pression infectieuse » plus forte, liée à l'exposition accrue aux moustiques, les personnes porteuses de la mutation G6PD-Mahidol487A possédaient un avantage… et ont mieux survécu.
Références :
Positively selected G6PD-Mahidol mutation reduces Plasmodium vivax density in South-East Asians, Science, 11 décembre 2009.
Chalisa Louicharoen, Etienne Patin, Richard Paul, Issarang Nuchprayoon, Bhee Witoonpanich, Chayanon Peerapittayamongkol, Isabelle Casademont, Thanyachai Sura, Nan M. Laird, Pratap Singhasivanon, Lluis Quintana-Murci, Anavaj Sakuntabhai