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Paris, 27 août 2009

Des parures en coquillages perforés et colorés datant de 80000 ans

Les fouilles de quatre sites archéologiques marocains ont révélé de nouveaux coquillages marins perforés. Cette découverte confirme que des objets de parure étaient portés en Afrique du Nord entre 85 000 et 70 000 ans avant notre ère et permet de progresser dans la compréhension de l'origine des comportements humains modernes. Menée par une équipe multidisciplinaire réunissant des préhistoriens du CNRS et des chercheurs britanniques, marocains, israéliens et allemands (1), cette nouvelle étude est publiée en ligne dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences cette semaine.

Les objets de parure sont considérés avec l'art, les sépultures et l'utilisation de pigments comme l'un des indices archéologiques parmi les plus probants de l'acquisition d'une pensée symbolique. Pendant longtemps, on estimait que les plus anciens ornements dataient du début du Paléolithique supérieur en Europe et au Proche Orient (soit autour de 40 000 ans avant notre ère). Or, au cours des dix dernières années, des fouilles effectuées dans cinq sites d'Afrique du Sud, du Nord et du Proche Orient ont permis d'exhumer des coquillages marins perforés datés de 100 000 à 70 000 ans. Ces découvertes ont révélé que ces coquillages, utilisés comme objets de parures, étaient plus anciens que ce qu'on supposait et que ces comportements avaient une origine africaine.

Confirmant ces résultats, une nouvelle étude vient d'être publiée par l'équipe multidisciplinaire de scientifiques internationaux(1) composée entre autre des chercheurs du CNRS : Francesco d'Errico du laboratoire De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie(2) et Marian Vanhaeren du laboratoire Archéologies et Sciences de l'Antiquité(3). En étudiant le matériel découvert dans quatre sites marocains (Taforlat, Ifri n'Ammar, Rhafas et Contrebandiers), ils ont isolé des coquillages provenant de couches archéologiques datées de 85 000 à 70 000 ans avant notre ère. L'espèce de coquillage la plus utilisée pour la parure est Nassarius gibbosulus. Trois de ces sites sont situés entre 60 et 40 kilomètres de la mer, une distance trop importante qui exclut un transport de ces coquillages lié à des agents naturels. Par ailleurs, ces coquillages ont été collectés morts sur la plage, éliminant un ramassage à but alimentaire.

En comparant les coquillages découverts dans les sites archéologiques avec des coquillages actuels de la même espèce (Nassarius gibbosulus), les chercheurs ont montré que les spécimens archéologiques ont été perforés par les hommes. Tous les coquillages bien conservés révèlent à l'échelle microscopique des usures non présentes à l'état naturel qui sont interprétées comme des traces occasionnées par le port prolongé d'objets de parure. Certaines perles portent d'ailleurs les marques laissées par les outils en pierre utilisés pour les perforer. Par ailleurs, beaucoup de spécimens présentent des traces d'ocre sur les zones de frottement ou sur l'ensemble de la surface, indice que les coquillages et le fil étaient imbibés d'ocre. De plus, les scientifiques ont découvert des coquillages noircis par une action de chauffe qui précèderait les traces d'utilisation de ces spécimens. Certains coquillages ont donc pu être chauffés volontairement dans un milieu réducteur en présence de matière organique pour changer leur couleur et ainsi composer des parures avec des perles de différentes couleurs.

La datation des nouveaux sites archéologiques indique que les parures en coquillages, comme d'autres innovations culturelles de cette époque (gravures abstraites sur des plaquettes d'ocre, pointes de projectiles bifaciales, outils élaborés en os, traitement thermique des pierres taillées) semblent disparaître après 70 000 ans et ne réapparaître que 10 à 20 000 ans plus tard sous de nouvelles formes. Dans leur étude, les chercheurs s'interrogent sur la possibilité que la perte de ces innovations soit liée à la détérioration climatique dite du stade isotopique 4, il y a de 73 000 à 60 000 ans.

Fig1 Parure

© d'Errico/Vanhaeren

A gauche : Nassarius gibbosulus perforé de Taforalt portant les traces (voir flèches) produites par l'outil lithique utilisé pour perforer le coquillage (échelle = 1 cm). A droite : macrophoto des traces produites par l'outil lithique (échelle = 1 mm).




Parure 2

© d'Errico/Vanhaeren.

De haut en bas : Nassarius gibbosulus perforé de Taforalt ayant subi une chauffe dans un milieu réducteur à l'origine de sa couleur marron foncée ; enduit d'ocre rouge ; de couleur claire ; et enfin Nassarius gibbosulus actuel non modifié ramassé sur une plage Tunisienne. Les pièces sont figurées sur leur côté dorsal à gauche et ventral à droite (échelle = 1 cm).





Notes :

(1) Les chercheurs impliqués dans l'étude appartiennent au CNRS (laboratoires PACEA et ArScAn), à l'Université d'Oxford, à l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine (Rabat), à l'Université de Jérusalem, au Max Plank Institute for Evolutionary Anthropology (Leipzig) et au Laboratoire biologie des invertébrés marins et malacologie du Muséum National d'Histoire Naturelle (Paris). Cette étude a été financée par l'European Science Fondation (ESF).

(2) Laboratoire PACEA (Université Bordeaux I / CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication / INRAP)

(3) Laboratoire ArScAn (Université Paris 10 / UPMC / CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication)

Références :

d'Errico, F., Vanhaeren, M., Barton, A. Bouzouggar, N., Mienis, H., Richter, D., Hublin, J.-J., Shannon P. McPherron, P. S., Lozouet, P. 2009. “Additional evidence on the use of personal ornaments in the Middle Paleolithic of North Africa”.Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA. August 2009.

Contacts :

Chercheurs CNRS:
Francesco d'Errico l T 05 40 00 26 28 / 05 56 45 84 09 l f.derrico@ipgq.u-bordeaux1.fr
Marian Vanhaeren l T 01 53 27 96 74 / 06 19 79 52 62 l marian.vanhaeren@mae.u-paris10.fr

Presse CNRS:
Elsa Champion l T 01.44.96.43.09 l
elsa.champion@cnrs-dir.fr


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