La mucoviscidose est une maladie génétique, transmise conjointement par les parents, qui touche environ 6000 personnes en France. Elle est due au dysfonctionnement d'une protéine membranaire (CFTR), présente notamment dans les cellules épithéliales des poumons, qui contrôle les échanges d'eau et de sels minéraux entre la cellule et l'extérieur. Au niveau cellulaire, la maladie se traduit par l'absence de sécrétion chlorure, une hyper absorption sodique, une dérégulation de l'homéostasie calcique et une réponse inflammatoire exacerbée. Il en résulte un épaississement du mucus qui tapisse les bronches et les canaux du pancréas, favorisant infections pulmonaires et troubles digestifs. A l'heure actuelle, il n'existe pas de traitement pour guérir de la mucoviscidose. Pour corriger les symptômes, des soins quotidiens très contraignants sont nécessaires.
L'équipe de Frédéric Becq de l'Institut de physiologie et biologie cellulaires (CNRS/Université de Poitiers) a démontré en 2006 qu'une molécule appelée miglustat permettait de restaurer l'activité de la protéine CFTR et de corriger ainsi ponctuellement le phénotype particulier caractérisant la mucoviscidose. Utilisée pour traiter deux maladies rares (les maladies de Gaucher et de Niemann Pick type C), sa sécurité et sa tolérance avaient déjà été évaluées et les essais cliniques ont pu rapidement êtres lancés en septembre 2007.
Dans la nouvelle étude publiée dans American Journal of Respiratory Cell and Molecular Biology, les chercheurs montrent que le traitement quotidien de cellules pulmonaires humaines homozygotes pour la mutation F508del par une faible concentration de miglustat permet une correction progressive, maintenue et réversible du phénotype malade. Les chercheurs ont en effet cultivé des cellules pulmonaires humaines malades en présence de miglustat pendant 2 mois. La correction observée sur les cellules se met en place au bout de 3-4 jours, puis se stabilise. Si le traitement est arrêté, les cellules présentent à nouveau le phénotype malade. Les faibles doses utilisées (3 micromolaires) sont celles que l'on peut administrer à des patients et qui peuvent se retrouver sans problème dans la circulation sanguine.
Cette étude est la première qui démontre qu'une cellule mucoviscidosique peut acquérir un phénotype maintenu non malade lorsque qu'elle est traitée quotidiennement par une substance pharmacologique. Les chercheurs sont donc très optimistes sur les résultats de l'essai clinique en cours.
Notes :
(1) L'étude clinique est menée par le laboratoire pharmaceutique Actelion sur 15 patients atteints de mucoviscidose et porteurs de la mutation delta F508 (F508del), la plus courante et la plus grave des mutations affectant les enfants atteints de mucoviscidose. Les résultats seront connus dans les semaines qui viennent.
Références :
A CF respiratory epithelial cell chronically treated by miglustat acquires a non-CF like phenotype. C. Norez, F. Antigny, S. Noel, C. Vandebrouck, F. Becq. American Journal of Respiratory Cell and Molecular Biology, Août 2009.