Début 2009, quatre cas d'infections cutanées sont survenus dans le nord de France. Les patients présentaient des lésions noirâtres sur la peau, ce qui a orienté le diagnostic vers des rickettsioses, des maladies provoquées par des bactéries pathogènes intracellulaires, les
rickettsies. Pour vérifier cette hypothèse, des prélèvements ont été envoyés et analysés au Centre national de référence des rickettsioses situé à Marseille, à savoir l'Unité mixte de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes dirigée par Didier Raoult. Conclusion sans ambiguïté des chercheurs, la piste "rickettsioses" est négative.
L'enquête ne s'est pas arrêtée là. Didier Raoult et son équipe se sont rapprochés de leurs collègues virologues de l'Unité des virus émergents, et de l'hôpital de La Timone. Ces derniers ont soupçonné une infection par le virus cowpox, ce qui a été confirmé dans la foulée ! Ces virus ont en effet été visualisés en microscopie électronique. Leur analyse moléculaire a révélé que tous les cas étaient dus à la même souche de virus cowpox.
Ce virus est endémique en Europe de l'Ouest y compris en France, chez les rongeurs sauvages qui constituent son principal réservoir. Appartenant à la même famille (Poxviridae) que le virus aujourd'hui disparu de la variole, il est potentiellement pathogène chez l'homme. Cela se manifeste par une infection virale après une période d'incubation d'environ une semaine. La lésion cutanée guérit spontanément après six semaines. Rien de grave donc pour l'homme, si ce n'est pour les personnes immunodéprimées comme les personnes âgées ou greffées, chez qui l'infection peut s'étendre.
Rares chez l'homme, les infections à cowpox virus ne sont toutefois pas exceptionnelles. Des cas sporadiques sont régulièrement rapportés en Europe depuis 2002. Mais jusqu'à présent, seulement quelques cas de contamination avaient été décrits, tous suivant deux modes de transmission : après manipulation de rongeurs sauvages infectés ou bien, par griffure d'un chat, lui-même infecté par un rongeur sauvage. Aucun des patients présentant ces lésions cutanées n'ayant de chat, ce mode de transmission a été écarté. Mais, tous venaient d'adopter un rat comme animal de compagnie. Les scientifiques ont ainsi mis en évidence, pour la première fois, la transmission de virus cowpox entre un rat domestique et l'homme.
La modification des pratiques humaines, comme l'adoption de nouveaux animaux de compagnie, crée donc des conditions favorables à l'émergence de nouvelles maladies animales transmissibles à l'homme. Ce travail souligne également l'importance de mettre en place au niveau national une capacité de diagnostic, permettant l'identification rapide d'agents pathogènes émergents.
Références :
Cowpox Virus Transmission from Pet Rats to Humans, France. Laetitia Ninove, Yves Domart, Christine Vervel, Chrystel Voinot, Nicolas Salez, Didier Raoult, Hermann Meyer, Isabelle Capek, Christine Zandotti, and Remi N. Charrel. Emerging Infectious Diseases. 1er mai 2009.