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Paris, 5 MARS 2009
Près de 12 000 m² ont
été fouillés à l'été 2008, sur prescription de l'État (DRAC Bourgogne) avant
l'agrandissement d'une zone pavillonnaire prévue par la municipalité de
Gevrey-Chambertin. Le chantier, divisé en deux secteurs, a livré une série de
vestiges en creux (fosses, trous de poteaux et fossés) de différentes périodes.
Pour l'époque gallo-romaine, une zone de plus de 6 000 m² était couverte de
plus de 300 fosses alignées en rangs régulièrement espacés et entourées d'un
fossé périphérique continu. Ce sont des fosses rectangulaires de 90 à 130 cm de longueur sur un peu moins de 60
cm de largeur (2). A l'intérieur des fosses, dans la terre qui les remplit, on voit
en coupe le vide laissé par le tronc et des racines d'un petit arbuste.
Beaucoup de fosses sont séparées en deux compartiments, par un petit bourrelet
de terre, fait d'un matériau grossier.
Comment interpréter
ces vestiges ? L'alignement et la forme rectangulaire des fosses sont
semblables à ce que l'on retrouve sur les sites d'autres vignes gallo-romaines,
découvertes dans le Sud de la France, en région parisienne et en Angleterre.
Les dimensions réduites des fosses permettent d'exclure l'hypothèse d'un
verger. Le « fantôme » de petit arbuste observé dans la terre de remplissage a
la taille d'un pied de vigne. Les deux compartiments séparés par un bourrelet
correspondent aux préconisations de Pline l'ancien et de Columelle, auteurs
latins du Ier siècle de notre ère. Ils recommandent de mettre deux plants de
vigne par fosse et de les arranger « en les recourbant de façon que les racines
des deux marcottes qui sont dans la même fosse ne s'entrelacent pas
mutuellement, ce qui sera facile d'empêcher en disposant au fond des fosses,
transversalement et par le milieu, quelques pierres dont chacune n'excède pas
le poids de cinq livres ». Ces fosses constituent le premier exemple
d'application de ces préceptes agronomiques viticoles en Gaule. Certaines
fosses sont bordées de fosses plus petites et moins profondes. Les fosses
secondaires auraient servi au provignage, une technique ancienne de
multiplication végétative de la vigne, où l'on enterrait la partie aérienne de
la plante (tige, branche, etc.) afin qu'elle développe ses propres racines
avant d'être séparée de la plante mère et de constituer un nouvel individu
autonome.
Comment dater ces
vestiges ? Les vignes plantées en rang sont caractéristiques de l'Antiquité (et
du XXe siècle, mais le cadastre ancien n'indique aucune trace de vigne
récente). De plus, ces fosses ressemblent beaucoup à celles d'autres vignes
d'époque gallo-romaine et leurs dimensions, leur espacement à l'intérieur des
rangs et l'espacement des rangs entre eux sont des multiples du pied romain
(29,6 centimètres). La fouille a montré que les fosses ont été creusées dans
des sols anciens (du Néolithique à l'époque protohistorique), à une date qu'il
faut donc situer après l'époque gauloise. D'après les fragments de céramique
retrouvées dans les fosses, elles dateraient du Ier siècle de notre ère.
Les fosses de
Gevrey-Chambertin sont les premières traces de plantations de vignes de
l'époque gallo-romaine découvertes en Bourgogne. Elles sont entourées de
nombreux vestiges archéologiques de la même période : villas, habitats,
mausolée, sépultures, sur la partie orientale de la commune et à proximité du
site. Elles confirment l'intérêt, dès l'Antiquité, pour la vigne et le vin dans
la région, intérêt déjà connu par de nombreuses représentations : une corne
d'abondance de l'une des divinités du sanctuaire des sources de la Seine
montrant une grappe de raisin, le monument au marchand de vin de Til-Châtel, la
stèle funéraire d'un couple de propriétaires-viticulteurs de Tart-le-Haut
(l'homme tenant une serpe à émonder), le dieu au tonneau de Mâlain, etc. Ces
objets sont conservés au musée archéologique de Dijon. Les fosses de
Gevrey-Chambertin confirment également que la viticulture de cette époque se
pratiquait en plaine, comme dans d'autres cas déjà connus, alors qu'aujourd'hui
ce sont les versants qui sont privilégiés faire du bon vin.
Sur la fouille, les
archéologues ont mis au jour un habitat de plaine du Néolithique moyen II
(entre 4000 et 3500 avant notre ère) et des vestiges d'habitat du Néolithique
final (3500-3000 avant notre ère), rares habitats de plaine ouverts dans ce
secteur, qui permettront d'étayer la chronologie du Néolithique moyen et final
dans la région. Pour l'âge du Bronze,
une ferme-étable (Bronze ancien, 2300 à 1650 avant notre ère), l'un des
édifices les plus méridionaux de ce type, a été fouillée, ainsi qu'une ferme de
la fin de l'âge du Bronze (de 1000 à 900 avant notre ère). Un habitat du tout
début du Second âge du Fer (450-350 avant notre ère) comble une carence
documentaire pour cette période en Bourgogne.
Aménagement Ville de Gevrey-Chambertin
Contrôle
scientifique Service régional de
l'archéologie (Drac Bourgogne)
Recherche
archéologique Inrap
Responsable scientifique Sébastien Chevrier, Inrap
Collaboration
scientifique Jean-Pierre Garcia
(Laboratoire ARTeHIS, CNRS/ Université de Bourgogne/ ministère de la culture et
de la communication)
© INRAP Photographie aérienne des 300 fosses alignées sur 26 rangs découvertes à Gevrey-Chambertin. Les points blancs indiquent l'emplacement de l'habitat protohistorique antérieur à la plantation dont les traces ont été retrouvées au même endroit.

© F. Perrodin. Musée archéologique de Dijon
Le monument au marchand de vin de Til-Châtel, conservé au musée archéologique de Dijon.
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(1) Laboratoire Archéologie, Terre, histoire, société.
(2) Elles sont espacées d'1 à 1,3 mètre à l'intérieur d'un même rang et les rang sont distants de 2,9 à 3 mètres
Chercheur l Jean-Pierre Garcia l T 03 80 39 63 70 ou 06 75 47 14 39 l Jean-Pierre.Garcia@u-bourgogne.fr
Presse CNRS l Claire Le Poulennec l T 01 44 96 49 88 l claire.le-poulennec@cnrs-dir.fr
Presse INRAP l Mahaut Tyrrell l T 01 40 08 80 24 l mahaut.tyrrell@inrap.fr
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