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Paris, 5 février 2009
Témoin direct des changements climatiques actuels, l'océan s'avère également un excellent révélateur des climats passés. En étudiant les carottes de sédiments marins (2), les chercheurs puisent des informations leur permettant notamment de reconstruire les climats anciens. Ces données sont indispensables pour mieux comprendre notre "système climatique", et en prévoir l'évolution future. Il s'agit, de plus, de l'un des rares moyens pour évaluer les performances des modèles climatiques utilisés actuellement par le GIEC. Pour cela, les scientifiques confrontent les simulations numériques fournies par les modèles aux reconstructions de la température de surface de l'océan lors de périodes passées relativement stables. Tel est le cas du dernier maximum glaciaire, il y a 21 000 ans, une époque où les conditions climatiques étaient radicalement différentes d'aujourd'hui.
A la fin des années 70, une première reconstitution de ces températures au cours du dernier maximum glaciaire, appelée CLIMAP (3), a été établie. Version actualisée de ce travail, le projet MARGO pour Multiproxy Approach for the Reconstruction of the Glacial Ocean Surface, a réuni une collaboration internationale de chercheurs essentiellement allemands, espagnols, français, norvégiens, américains, canadiens et australiens. Pour développer cette nouvelle cartographie des températures de surface de la mer il y a 21 000 ans, les scientifiques ont utilisé six indicateurs climatiques, tous considérés comme très fiables : l'analyse de quatre micro-fossiles d'organismes planctoniques (4) ainsi que deux sortes de mesures géochimiques (5). L'ensemble des 696 estimations produites par ces six techniques (une seule avait été utilisée pour CLIMAP) a été traité de manière à fournir une carte des températures estimées ainsi que des incertitudes associées.
Première découverte de MARGO, la couche de glace qui recouvrait les mers nordiques et le nord de l'océan Atlantique Nord lors du dernier maximum glaciaire ne se maintenait pas tout au long de l'année, comme le supposait CLIMAP. Au contraire, elle fondait partiellement en été, fournissant ainsi la vapeur d'eau nécessaire à la croissance et au maintien des grandes calottes polaires en Europe. En outre, le projet MARGO souligne la présence, dans tous les bassins océaniques, d'importants gradients de température est-ouest. Or, ceux-ci ne sont pas reproduits par les simulations du climat du dernier maximum glaciaire (obtenues avec les modèles du GIEC). Par exemple, MARGO révèle un refroidissement plus important le long des côtes européennes que le long des côtes ouest du bassin Nord-Atlantique, alors que les modèles produisent l'inverse. Les modèles actuels ne peuvent donc simuler toutes les situations climatiques. En offrant la possibilité de tester ces modèles, MARGO devrait permettre d'améliorer la prédiction des changements climatiques et de leurs conséquences.

© MARGO ( voir http://www.geo.uni-bremen.de/~apau/margo/margo_EN.html)
Carte des différences de température de surface de l'océan entre le dernier maximum glaciaire (de 23 000 à 19 000 avant aujourd'hui) et le présent durant l'hiver boréal (janvier-février-mars). Les différences négatives (en bleu) signalent les régions plus froides à l'époque qu'actuellement, tandis que les différences positives (en jaune) indiquent les régions caractérisées par de faibles réchauffements.
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(1) Pilotée côté français par Claire Waelbroeck, chargée de recherche CNRS au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE/IPSL, CNRS / CEA / Université Versailles Saint-Quentin), cette collaboration implique en France, outre le LSCE, deux autres laboratoires CNRS : le Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement (CNRS / Collège de France / IRD / Université Paul Cézanne / Université de Provence) ainsi que l'unité "Environnements et paléoenvironnements océaniques" (CNRS / Université Bordeaux 1).
(2) Prélevées dans les fonds marins à l'aide d'un carottier, notamment grâce aux moyens de l'INSU-CNRS, de l'IPEV et de l'Ifremer, voir Consulter le site web
(3) Climate, Long-Range Investigation, Mapping and Prediction.
(4) Foraminifères planctoniques, radiolaires, dinoflagellés et diatomées.
(5) Etude des molécules organiques produites par les algues unicellulaires (alkénones) et des métaux (magnésium et calcium) contenus dans les coquilles du zooplancton (foraminifères planctoniques).
Constraints on the magnitude and patterns of ocean cooling at the Last Glacial Maximum. MARGO Project Members. Nature Geoscience. Février 2009.
Chercheur CNRS l Claire Waelbroeck l T 01 69 82 43 27 l claire.waelbroeck@lsce.ipsl.fr
Presse CNRS l Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr
CEA l Stéphane Laveissière l T 01 64 50 27 53 l stephane.laveissiere@cea.fr
Collège de France l Marie Chéron l T 01 44 27 11 78 l marie.cheron@college-de-france.fr
Communication UVSQ | Robert Rivoire | T 01 39 25 78 63 | robert.rivoire@uvsq.fr
Communication INSU-CNRS l Dominique Armand l T 01 44 96 43 68 l dominique.armand@cnrs-dir.fr
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