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Paris, 19 novembre 2008

Les traitements hormonaux favoriseraient-ils le cancer du sein ?

Première cause de mortalité féminine par cancer en France, le cancer du sein est le plus fréquent des cancers chez les femmes. Avec 85 à 90% de cas, sa forme sporadique, non héréditaire, s'avère la plus répandue tout en restant la plus mystérieuse. Des chercheurs du CNRS et du CEA (1), en collaboration avec une équipe de l'hôpital Saint-Louis (2), viennent de lever un voile sur l'origine de 50% des cancers du sein sporadiques. De plus, leurs résultats permettraient d'expliquer les études épidémiologiques qui suggèrent une prédisposition au cancer du sein causée par les traitements hormonaux. Ils sont publiés dans la revue Cancer Research.

Plus de quatre cancers du sein sur cinq ne seraient pas liés à des facteurs transmis héréditairement. Appelés sporadiques, ces tumeurs avaient des origines jusqu'à présent  complexes et mal comprises. Au contraire, les formes familiales héréditaires, qui représentent 10 à 15% des cas de cancers du sein, sont étudiées depuis plusieurs années. Ce qui a permis d'identifier dix gènes dont les mutations augmentent le risque de cancer. Parmi ces derniers, neuf sont impliqués dans le système de réponse aux dommages de l'ADN, c'est-à-dire dans l'ensemble des mécanismes cellulaires qui optimisent la réparation de cette molécule support de l'information génétique. Le dixième code pour une protéine qui inhibe l'action de l'enzyme AKT1. Et, sur ces dix gènes toujours, deux sont responsables de 50% des cancers du sein familiaux : BRCA1 et BRCA2. C'est à partir de ces données sur les cancers familiaux que les chercheurs de l'unité "Radiobiologie moléculaire et cellulaire" (CNRS / CEA) ont tenté d'en savoir plus sur les formes non héréditaires.

Un lien entre cancer héréditaire et cancer sporadique
Il s'avère que la protéine AKT1 est sur-exprimée dans 50% des cancers du sein sporadiques. Ne jouerait-elle pas un rôle-clef dans la prédisposition au cancer du sein non héréditaire? Telle est la question que les scientifiques ont souhaité creuser. Ils ont ainsi révélé que l'activation d'AKT1 entraîne la séquestration de la protéine BRCA1 dans le cytoplasme. Impossible alors pour cette dernière de pénétrer dans le noyau, ce qui l'empêche de remplir son rôle dans la réparation de l'ADN. Tout se passe comme si la cellule n'avait pas de gène BRCA1 sans que celui-ci ne comporte réellement de mutation (a contrario des formes héréditaires où le gène BRCA1 est altéré). Or, ce phénomène est observé pour 50% des tumeurs sporadiques. Ces résultats révèlent donc qu'il existe un même lien, jusqu'alors insoupçonné, entre les cancers sporadiques et les cancers héréditaires : le système de réponse aux dommages de l'ADN.

Les chercheurs suggèrent, en outre, une prédisposition au cancer du sein causée par les traitements hormonaux. Sachant qu'AKT1 est activée par les hormones, un traitement hormonal (3) pourrait en effet, dans certains cas, conduire à une activation chronique de cette molécule. Si tel était le cas, ceci pourrait entraîner une dérégulation du gène BRCA1, et par voie de conséquence, favoriser le développement de cancer du sein. Reste à confirmer ces premières conclusions, ce que l'équipe de Bernard Lopez (4) compte effectuer bientôt en approfondissant ces études aussi bien au laboratoire qu'avec des cliniciens.

Ce programme est labellisé par la Ligue contre le cancer.

Photo Cancer du sein 1

© Laboratoire "Radiobiologie moléculaire et cellulaire"

Dans une situation non pathologique, BRCA1 (en rouge) est localisée dans le noyau des cellules.




Photo Cancer du sein 2

© Laboratoire "Radiobiologie moléculaire et cellulaire"

En présence d'AKT1 (en vert), BRCA1 (orange) est exclue du noyau (en bleu) des cellules.




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Notes :

(1) Institut de radiobiologie cellulaire et moléculaire de la Direction des sciences du vivant.
(2) Pilotée par Fabien Calvo, directeur de l'unité Inserm 716 "Cibles pharmacologiques dans les cancers"
(3) Comme par exemple un traitement d'oestrogènes.
(4) Directeur de recherche CNRS et directeur-adjoint du laboratoire "Radiobiologie moléculaire et cellulaire"

Références :

AKT1 inhibits homologous recombination by inducing cytoplasmic retention of BRCA1 and RAD51. Isabelle Plo, Corentin Laulier, Fabienne Lebrun, Laurent Gauthier, Fabien Calvo et Bernard Lopez. Cancer Research. 15 novembre 2008.

Contacts :

Chercheur l Bernard Lopez l T 01 46 54 88 35 l bernard.lopez@cea.fr

Presse CNRS l Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr
CEA l Damien Larroque l T 01 64 50 20 97 l damien.larroque@cea.fr


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