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Paris, 4 novembre 2008

Nouveau scénario pour la domestication de la chèvre

Grâce à des études génétiques chez l'aegagre, l'ancêtre de la chèvre, un groupe de chercheurs dirigé par Pierre Taberlet (1) (CNRS/Université Grenoble 1 / Université de Chambéry) et Jean-Denis Vigne (2) (CNRS/Muséum national d'Histoire naturelle), propose un nouveau scénario de domestication de la chèvre. Les résultats de ces travaux sont publiés le 4 novembre sur le site de la revue PNAS.

L'émergence de l'agriculture au début du Néolithique représente une phase clé de l'évolution humaine, avec notamment la domestication de la vache, du mouton, de la chèvre, et du porc. La chèvre (Capra hircus) est probablement le premier ongulé à avoir été domestiqué. Jusqu'à présent, les scientifiques considéraient qu'elle avait été domestiquée indépendamment dans deux régions, le haut bassin du Tigre et de l'Euphrate (1er centre de domestication), il y a environ 10 500 ans, et le centre-nord du massif du Zagros iranien (2e centre de domestication), il y a environ 10 000 ans.

Dans cette étude, les scientifiques ont comparé la diversité génétique de la chèvre avec celle de son ancêtre sauvage, l'aegagre (Capra aegagrus), espèce encore répandue aujourd'hui dans les montages du Moyen Orient et d'Asie centrale. Ils ont analysé des échantillons d'ADN provenant de 473 aegagres réparties sur l'ensemble de son aire de distribution actuelle (Proche et Moyen-Orient) et échantillonnées dans des réserves naturelles où cette espèce vit encore, du Pakistan à la Turquie.

Les résultats obtenus confirment partiellement les données archéozoologiques et clarifient de manière significative le scénario de la domestication. Ils ont ainsi permis de localiser un seul centre de domestication au niveau de l'Est de l'Anatolie et du Nord-Ouest de l'Iran. Une domestication plus à l'Est, parfois suggérée par des données archéozoologiques, est ainsi définitivement exclue. Plus important encore, les résultats de l'étude remettent en cause l'hypothèse de plusieurs foyers indépendants de domestications.

L'analyse fine du polymorphisme de l'ADN mitochondrial chez l'aegagre indique que des individus sauvages ont été contrôlés et probablement déplacés par l'homme dans une très vaste région comprenant l'Anatolie orientale et tout le Zagros. Il s'agirait d'un contrôle de ces populations au sens d'une protection et d'une chasse raisonnée, portant sur les jeunes et les mâles afin de ne pas affaiblir leur potentiel reproductif. Et ceci avant même que la domestication effective ne soit engagée et qu'un début de domestication n'ait périclité au Centre-Ouest de l'Iran.

Notes :

(1) Directeur de recherche CNRS au Laboratoire d'écologie alpine (LECA) - CNRS UMR 555 - Université Joseph Fourier (Grenoble) – Université de Chambéry
(2) Directeur de recherche CNRS au sein du département Ecologie et Gestion de la Biodiversité - UMR 5197 MNHN/CNRS « Archéozoologie, Histoire des Sociétés Humaines et des Peuplements Animaux »

Références :

Saeid Naderi, Hamid-Reza Rezaei, François Pompanon, Michael G. B. Blum, Riccardo Negrini , Hamid-Reza Naghash , Özge Balkız, Marjan Mashkou, Oscar Gaggiotti, Paolo Ajmone-Marsan, Aykut Kence, Jean-Denis Vigne & Pierre Taberlet The goat domestication process inferred from large-scale mitochondrial DNA analysis of wild and domestic individuals. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA (2008)
www.pnas.org/cgi/doi10.1073/pnas.0804782105

Contacts :

Chercheurs
Jean-Denis Vigne
l T 01 40 79 33 10 l vigne@mnhn.fr

Pierre Taberlet
l T 04 76 51 45 24 l pierre.taberlet@ujf-grenoble.fr

Presse
CNRS
Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

Muséum national d'Histoire naturelle
Estelle Merceron l T 01 40 79 54 40 l merceron@mnhn.fr
Julia Bigot l T 01 40 79 54 44 l bigot@mnhn.fr


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