
Paris, 20 novembre 2007
Lorsqu'un même individu est infecté par plusieurs souches de parasites appartenant à la même espèce (2), on parle d'infections multiples. Ces dernières peuvent avoir des conséquences importantes sur la virulence des maladies. Ainsi, dans des systèmes où plusieurs souches de parasites sont en compétition afin d'exploiter les ressources d'un même hôte, celles qui drainent ces ressources le plus vite se reproduisent davantage et sont, à terme, les plus favorisées. S'ensuit, in fine, une augmentation de la virulence de la maladie. Toutefois, des souches différentes mais apparentées (donc de même famille (3)), d'un parasite identique (même espèce), devraient avoir un comportement plus coopératif et moins compétitif lorsqu'ils infectent le même hôte. Cette baisse de la compétition entre souches entraînerait une diminution de la sévérité des symptômes.
Coordonnée par Tatiana Giraud, chargée de recherche au CNRS, l'équipe de l'unité mixte "Ecologie, systématique et évolution" (4), notamment appuyée par Manuela Lopez-Villavicencio, actuellement maître de conférence au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, et Jérôme Enjalbert de l'INRA, a analysé des populations naturelles du champignon Microbotryum violaceum. Ce parasite est responsable de la maladie du charbon des anthères chez Silene latifolia, une plante très commune au bord des routes plus couramment appelée le compagnon blanc. Utilisant des marqueurs génétiques pour identifier chaque souche, les chercheurs ont mis en évidence que les infections multiples étaient extrêmement fréquentes : 70 % des plantes malades comportait plusieurs souches différentes du champignon. De plus, ces souches étaient fortement apparentées au sein d'une même plante, suggérant que les champignons acceptent de partager une même plante à l'unique condition d'appartenir à la même famille.
De tels résultats démontrent sans ambiguïté que les infections multiples et la parenté entre parasites d'un même hôte peuvent être très fréquents. Il est donc essentiel de les étudier afin de comprendre l'évolution des maladies. Autre point primordial mis en évidence, le parasite lui-même peut contrôler le degré de parenté au sein de l'hôte, favorisant ses apparentés, comme cela est observé dans de nombreuses sociétés animales (fourmis, hommes). Comprendre l'évolution de la virulence des maladies est capital pour prévoir l'effet des traitements des pathologies causées par les parasites. Certaines vaccinations, par exemple, peuvent augmenter la virulence des maladies pour les individus non vaccinés. Dans ce cas précis, les parasites ayant moins d'hôtes potentiels, ils évoluent afin de capter davantage de ressources dans les rares hôtes qu'ils trouvent.
© CNRS 2007 (Ce visuel est disponible auprès de la photothèque du CNRS, écrire à phototheque@cnrs-bellevue.fr). Un compagnon blanc infecté par le charbon des anthères : le champignon produit ses spores violettes à la place du pollen
(1) Ils appartiennent principalement à l'unité "Ecologie, systématique et évolution" (ESE, CNRS / Université Paris 11 / Ecole nationale du génie rural des eaux et des forêts) à Orsay, au Laboratoire de pathologie végétale (INRA) et au département de biologie du Amherst College (Etats-Unis).
(2) Selon la définition la plus fréquente, appartiennent à la même espèce deux individus pouvant donner une descendance fertile.
(3) Sont dits de la même famille, deux individus qui ont des ancêtres communs proches, de quelques générations avant la leur.
(4) ESE, CNRS / Université Paris-Sud 11 / Ecole nationale du génie rural des eaux et des forêts
Multiple Infections by the Anther Smut Pathogen Are Frequent and Involve Related Strains. Manuela Lopez-Villavicencio, Odile Jonot, Amélie Coantic, Michael E. Hood, Jérôme Enjalbert, Tatiana Giraud. PloS Pathogens. 16 novembre 2007.
Chercheur
Tatiana Giraud
T 01 69 15 56 69 / 0625 57 72 73
tatiana.giraud@u-psud.fr
Presse
Priscilla Dacher
T 01 44 96 46 06
priscilla.dacher@cnrs-dir.fr
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