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Paris, 20 mars 2007

Le donjon de Vincennes livre son histoire

Après neuf années d'études et trois années de travaux de restauration, le chantier du donjon du château de Vincennes prend fin. L'achèvement de ces travaux est inauguré le mardi 20 mars par Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la communication avant la réouverture du donjon au public, le 17 mai prochain. Le CNRS a contribué à la restauration et à l'étude de cet édifice majeur, seule résidence médiévale qui subsiste encore en France. Jean Chapelot, directeur de recherche au CNRS, dirige depuis 1992 le programme de recherche du CNRS portant sur la restauration, le dépouillement des archives et la réalisation des fouilles préventives. Les résultats serviront notamment pour les aménagements muséographiques qui accueilleront bientôt le public.

Vincennes est l'un des plus grands châteaux médiévaux d'Europe et représente un jalon essentiel dans l'histoire de l'art médiéval. Bâti entre 1361 et les premières années du XVème siècle, c'est pratiquement le seul grand édifice de cette époque qui subsiste en Ile-de-France. Avec ses cinquante mètres de hauteur, le donjon du château de Vincennes est le plus haut édifice fortifié médiéval d'Europe. Depuis, il résiste au temps mais une restauration de grande ampleur s'avérait nécessaire.

 

En 1988, le ministère de la Culture et celui de la Défense décident de lancer un vaste programme de restauration et de mise en valeur de cet édifice. Un accord entre ces ministères en 1989 a permis de dégager des moyens financiers et humains importants en plus de ceux apportés par le CNRS et l'EHESS(1) afin de mettre en place dès 1992 un programme de recherche sur ce monument. L'équipe de scientifiques(2) qui a conduit ce programme, dirigée par Jean Chapelot, spécialiste d'archéologie et d'histoire du Moyen Age, a été chargée de réaliser des fouilles archéologiques, l'étude historique et architecturale du monument et d'en suivre la restauration. Les chercheurs ont travaillé notamment sur la composition des fers du donjon, l'origine des matériaux de construction ou celle des lambris du XIVème siècle encore en place dans le donjon.

 

Au total, une quinzaine de fouilles archéologiques ont été menées dont certaines de grande ampleur : un tiers du manoir médiéval a par exemple été fouillé entre 1992 et 1996. Elles ont permis de faire ressurgir l'histoire ancienne du site, antérieure à ce qui est visible actuellement de l'édifice. L'archéologie a livré également des informations sur des éléments essentiels comme la vie quotidienne des occupants de ce lieu aux XIIIème et XIVème siècles. En effet, il existe très peu de sources écrites faisant état de ce que mangeaient les 100 ou 200 personnes de statuts très variés qui y vécurent avec les souverains de cette époque. Grâce à l'analyse des restes osseux, la fouille a délivré des informations nombreuses et précises : elle a révélé par exemple que les occupants du château aux XIIIème-XIVème siècles consommaient fréquemment du poisson de mer et d'eau douce, dont des espèces peu courantes et raffinées.

 

Un dépouillement des archives du XIIème siècle à nos jours a été également conduit par l'équipe tout comme une analyse architecturale poussée du monument, en particulier du donjon, grâce aux moyens exceptionnels mis à la disposition des chercheurs. La restauration du monument était en effet une occasion unique de recherches car l'étude des monuments ne peut plus se concevoir sans une identification des matériaux de construction et de leurs origines ni sans une analyse des techniques de construction. Pour établir les modalités de la restauration du donjon il fallait au préalable un échafaudage complet, des carottages dans les murs et les fondations, une étude des retombées de charge et de la statique. Lors de la restauration, de très nombreuses observations ont été rendues possibles puisqu'il a fallu creuser les sols aux étages, déposer des pierres de parement ou les dalles de couverture de la terrasse. Il a été également possible d'étudier avec précision un élément essentiel mais totalement méconnu de la construction : l'intégration au XIVème siècle de 2500 mètres de barres de fer cerclant l'édifice ou jouant le rôle de tirants dans les sols des étages. Cette découverte a modifié profondément la connaissance des techniques de construction de l'époque.

 

Ce travail de recherche et les travaux qui ont été réalisés dans le sol intérieur du château mais aussi dans la structure même des bâtiments ont fourni des informations précieuses sur l'histoire ancienne du monument et de ses occupants, du Moyen Age à nos jours. Ils ont permis l'étude complète de cet édifice médiéval, désormais l'un des monuments d'Europe sur lequel la plus importante masse documentaire a été réunie. La vaste documentation graphique ainsi que les très nombreux objets archéologiques rassemblés grâce aux fouilles vont alimenter le futur musée du site. Celui-ci présentera au public dans le donjon, à partir du 17 mai prochain, l'histoire médiévale du site et à partir de 2010 dans les bâtiments autour du donjon son histoire post-médiévale. A terme, ce sont environ deux mille mètres carrés qui seront entièrement consacrés à l'exposition de l'ensemble de ces résultats.

 

Depuis quatre ans, CNRS Images filme le chantier de restauration du donjon et a rassemblé une cinquantaine d'heures d'images et d'interviews : c'est la première fois qu'une restauration aussi technique de monument historique est suivie en permanence. Un DVD est en cours de réalisation et sortira à l'occasion des journées du patrimoine en septembre prochain. A partir du 20 mars, un film de cinq minutes réalisé par CNRS Images et diffusé en permanence à l'Hôtel de ville et à la médiathèque de Vincennes ainsi qu'une exposition de photographies à la sortie de la station « Vincennes » du RER A présenteront la restauration du donjon.

 

Pour voir le film de cinq minutes de CNRS Images : http://www.cnrs.fr/cnrs-images/
Dans le cadre de la promotion de la restauration du donjon de Vincennes, les images du clip peuvent être utilisées en indiquant leur provenance avec la mention : [images : CNRS Images].
Contact : Sophie Deswarte, tél. :  01 45 07 56 91 Sophie.Deswarte@cnrs-bellevue.fr

Pour consulter le dossier de presse du Centre des monuments nationaux :
http://www.monuments-nationaux.fr/doc/dossiers/dpvincennes45fe728637761.pdf

 

Donjon Vincennes

© Cliché Jean Chapelot (CNRS-EHESS) (cette image est disponible auprès de la photothèque du CNRS, 01 45 07 57 90, phototheque@cnrs-bellevue.fr)

Le donjon après restauration.
Toutes les reprises au ciment gris faites au XIXème siècle ont été remplacées par un mortier de ragréage de même couleur que la pierre. Toutes les pierres en mauvais état, soit un tiers des 20 000 blocs qui sont visibles en parement extérieur, ont été remplacées. De cette manière, le donjon a retrouvé sa couleur et son éclat d'origine. Rappelons que le donjon de Vincennes est la seule résidence d'un souverain médiéval qui subsiste en France : les autres sont intégralement détruites ou remplacées par des constructions plus récentes.


Donjon ange

© Cliché Jean Chapelot (CNRS-EHESS) (cette image est disponible auprès de la photothèque du CNRS, 01 45 07 57 90, phototheque@cnrs-bellevue.fr)

Ange musicien.
A partir du niveau de la chambre de Charles V (1364-1380) au deuxième étage du donjon et au-dessus de cette chambre, les fenêtres sont encadrées à l'extérieur par des consoles sculptées d'une très grande qualité. Parmi les motifs sculptés, des anges musiciens, comme ici, évoquent les Litanies de la Vierge, une prière classique à cette époque : symboliquement, cette prière était chantée au-dessus des appartements du souverain, par des anges qui, en raison de leur position entre 20 et 30 m au-dessus du sol, étaient pratiquement invisibles


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Notes :

1) Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, Paris.

2) L'équipe est composée de personnels de l'EHESS et du ministère de la Culture et fait appel régulièrement aux chercheurs de plusieurs laboratoires du CNRS : du laboratoire Pierre Süe (CEA/CNRS), du laboratoire Archéologie, cultures et sociétés (CNRS/ Université de Dijon/Ministère de la Culture et de la communication), du laboratoire de chrono-écologie (CNRS/ Université de Franche-Comté) et de l'Unité toulousaine d'archéologie et d'histoire (U.T.A.H.) (CNRS/Université Toulouse 2/ Ministère de la Culture et de la communication)

Contacts :

Chercheur
Jean Chapelot
T 01 41 93 23 96
ercvbe@aol.com ou jeanchapelot@aol.com

Presse
Laetitia Louis
T 01 44 96 51 37
laetitia.louis@cnrs-dir.fr


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