Le 1er octobre, vous avez pris la direction de l'IGBMC. Pourquoi ce retour en France après 7 ans de recherche outre-Atlantique ?

© L. Velasquez
Olivier Pourquié : À Kansas City, à l'Institut Stowers et au prestigieux
Howard Hughes Medical Institute, j'ai toujours dit que j'étais susceptible de revenir en France. Ce pays a de nombreux atouts, comme la formation. Or trouver de très bons étudiants est le nerf de la guerre dans la recherche. Plus largement, l'IGBMC est en bonne position pour recruter les meilleurs : en 2 ans, 9 équipes l'ont rejoint ou vont le rejoindre. Nous avons semé des graines pour l'avenir. Enfin, je suis aussi revenu pour des raisons personnelles. Et la culture, pour laquelle les Français sont prêts à des sacrifices.
Vous n'êtes pas revenu seul…
O.P. : Onze chercheurs, pour la plupart biologistes, arrivent avec moi des États-Unis. Parmi eux, des Français, 3 Américains, 1 Taïwanais, 1 Japonais, 1 Allemand, 1 Portugais… J'imagine qu'ils se plaisaient dans l'équipe, souhaitaient terminer leurs projets avec moi et que l'Institut correspond à une destination suffisamment attractive pour motiver leur déménagement.
Ils rejoignent donc les quelques 600 personnes qui travaillent à l'IGBMC, 15 ans après sa fondation par Pierre Chambon. Dans quels domaines de la biologie ?
O.P. : Ici, les recherches s'étendent de la structure des protéines – à l'interface de la physique et de la chimie – à la génétique humaine et aux maladies humaines, en passant entre autres par la régulation de l'expression des gènes. Un panel d'activités peu fréquent parmi les instituts de recherche biomédicale. Et la Clinique de la souris, attachée à l'IGBMC, étudie des souris mutées pour mieux comprendre les pathologies humaines.
Quels sont vos projets pour l'institut ?
O.P. : Je souhaite renforcer les thématiques existantes et développer l'étude des cellules souches et du développement embryonnaire. Par exemple, un de nos axes de recherche, financé par l'Association française contre les myopathies, est centré sur l'utilisation des cellules souches embryonnaires et leur différenciation en cellules musculaires. L'objectif général est de maintenir l'IGBMC dans le top des institutions de recherche en Europe. Les États-Unis, où la recherche est plus pragmatique et les moyens plus conséquents, sont en avance sur les technologies de pointe. Nous devons développer notre expertise dans des techniques d'avenir comme le séquençage haut débit de l'ADN, l'imagerie, la protéomique
2 ou l'informatique. Nous montons aussi une cellule de communication pour rendre nos recherches plus visibles.
Quelle stratégie pour vos échanges avec l'extérieur ?
O.P. : Près de Strasbourg, nous sommes plus proches des gros centres de recherche en biologie de Bâle, Heidelberg et Freibourg… que de Paris. Développer davantage, en parallèle des échanges en France, cette interaction avec l'Allemagne et la Suisse est naturelle, surtout dans le contexte européen. Je maintiens par ailleurs un très bon contact avec mes anciens collègues des États-Unis.
Vous poursuivez également vos travaux de recherche sur le développement de l'embryon. En 2004, Nature les a d'ailleurs classés parmi les 24 découvertes majeures des 100 dernières années en biologie du développement…
O.P. : Au CNRS (où j'ai fait toute ma carrière avant de partir aux États-Unis), nous avons effectivement découvert dans l'embryon qu'une horloge moléculaire contrôle la production rythmique des précurseurs des vertèbres, débouchant sur la répétition de structures similaires le long de la colonne vertébrale. Un dysfonctionnement de ce mécanisme conduit à des maladies comme les scolioses.
Propos recueillis par Mathieu Hautemulle