Start-up
Dans les secrets du bois
La dendrochronologie, qui permet de dater le bois en analysant les cernes de croissance, est un formidable outil de connaissance du patrimoine bâti. Pourtant, les professionnels de la restauration des monuments sont loin d'en exploiter tout le potentiel, peut-être à cause de son image un peu poussiéreuse », estime Yannick Le Digol. Pour y remédier, le jeune archéologue a cofondé Dendrotech
1 en 2006, avec Vincent Bernard, chargé de recherche au Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire
2.

© Dendrotech
Dans le château de Médavy (Orne) les bois des combles ont été datés grâce à la dendrochronologie. L'histoire du lieu n'en est que plus accesible.
Hébergée par l'université de Rennes-I, la start-up exploite les synergies entre archéologie et dendrochronologie pour les mettre au service de l'histoire et de la restauration du patrimoine. «
La datation n'est que le début de notre travail, insiste son dirigeant. Pour reconstituer l'histoire d'un bâtiment, il faut en interpréter correctement le résultat ! Pour cela, nous nous livrons, sur le terrain, à une véritable enquête policière, en collectant un maximum d'informations sur la manière dont le bois a été débité, sur le type d'outillage utilisé... »
Un contrat de coopération et de valorisation scientifique avec l'université de Rennes-I et le CNRS permet à Dendrotech d'avoir accès aux avancées méthodologiques les plus récentes en matière de prélèvement et de datation du bois. L'entreprise dispose également des dernières données de référence concernant la vitesse de croissance des arbres, sur les périodes historiques et préhistoriques. Car pour dater un bois de manière fiable, il faut pouvoir comparer sa croissance à un échantillon connu, de la même époque, de la même essence et, si possible, de la même région. En contrepartie, elle restitue au CNRS toutes les mesures de largeurs de cernes de croissance des bois qu'elle expertise afin d'étoffer ces fameux référentiels.
En août 2008, Dendrotech a mis en ligne la Dendrabase, une base de données librement accessible via le site de l'entreprise
3. «
Nous y intégrons, site par site, nos datations et leur interprétation, ainsi que des éléments graphiques sur l'architecture du bâtiment et les références de nos collaborateurs, explique Yannick Le Digol.
Un système de géolocalisation permet en outre de localiser les chantiers. Nous espérons ainsi contribuer à la diffusion des connaissances, et renforcer le réseau des acteurs de la conservation du patrimoine bâti. »
Depuis sa création, Dendrotech est intervenu sur plus d'une centaine de sites publics. On lui doit par exemple la datation par dendrochronologie du bâtiment de la Psalette, à Nantes, bâti entre 1462 et 1465, du donjon de Chambois, dans l'Orne (1159-1192) et du moulin de Drezeux, à Guérande (1394-1417, pour la partie la plus ancienne). Aujourd'hui, l'entreprise tente de percer le marché de l'immobilier privé. L'objectif reste le même : contribuer à garder la mémoire des lieux, et à concentrer les efforts de sauvegarde sur ce qui en vaut vraiment la peine.
Marie Lescroart
Notes :
1. Labellisée « Jeune entreprise universitaire » par le ministère de la Recherche.
2. Centre CNRS / Universités de Rennes-I et -II / Ministère de la Culture et de la Communication / Université de Nantes.
3. www.dendrotech.fr