Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Afsaneh Gaillard, neurobiologiste

Réparatrice de neurones

afsaneh gaillard

© S. Godefroy/CNRS Photothèque


D'emblée, son prénom aux consonances exotiques intrigue. « Je suis iranienne », précise tout sourire Afsaneh Gaillard, chevelure sombre et habits noirs. Fuyant son pays natal à l'aube de la révolution islamiste, elle a directement posé ses valises en terres poitevines. La voici aujourd'hui enseignante-chercheuse à l'Institut de physiologie et de biologie cellulaires1 de Poitiers, enchaînant les succès scientifiques. Dernier en date, la création – de pair avec l'équipe bruxelloise de Pierre Vanderhaeghen – d'une source illimitée et fiable de neurones spécifiques du cortex qui pourrait être utilisée à des fins thérapeutiques2. La clé ? Des cellules souches embryonnaires de souris, que les chercheurs ont cultivées pour obtenir différents types de neurones, puis implantées avec succès dans le cortex de souris nouveau-nées. « La greffe de neurones permettra de réparer le cerveau, j'en suis persuadée ! », s'enthousiasme la scientifique.
Mais revenons à ses premiers pas dans l'Hexagone, en 1981. Sur les bancs universitaires, elle vit une double immersion au cœur de notre langue et des sciences, sa passion de toujours. Séduite par la complexité « un peu mystique » du cerveau, Afsaneh Gaillard entre pour sa thèse au laboratoire « Biomembranes et signalisation cellulaire » de l'université de Poitiers. À cette école de l'autonomie – « Dès le début, j'ai dû résoudre toute seule les problèmes de manip. Et finalement, j'ai trouvé cela très bien. » – elle s'initie au développement du cerveau… loin de la réparation cérébrale qui la fascine déjà. Bien lui prend : « C'est là que j'ai compris qu'avant de réparer le cerveau il était indispensable de décrypter ses mécanismes de formation. » À l'époque, deux théories s'affrontent : l'une voit le cortex se développer sous l'influence de facteurs extérieurs, l'autre suggère une seule programmation génétique. Grâce à la technique de transplantation, « alors toute nouvelle », Afsaneh montre, chez le rat nouveau-né, que même greffées dans le cortex visuel, les cellules embryonnaires du cortex moteur conservent leur nature initiale. Et de trancher en faveur des gènes. Dès lors s'enchaînent les publications.
Dans le même temps, elle s'essaie à la transplantation de cellules embryonnaires chez l'adulte. Objectif : réparer les lésions neurologiques. Nous sommes en 1990, et personne n'y croit. « En fait, nos outils n'étaient pas encore assez puissants pour montrer cette réparation. »
En 1996, sans changer de laboratoire, la voici nommée maître de conférences en neurophysiologie. Tout à l'encadrement des étudiants, elle lutte pied à pied pour continuer ses expériences de transplantation. Et cette fonceuse aura raison de certaines résistances. Mais c'est véritablement en 2003 qu'Afsaneh Gaillard prend son envol. Désormais à la tête du projet « Approche thérapeutique des maladies neurodégénératives »3, elle franchit un cap avec l'utilisation d'embryons de souris vertes GFP (Green Fluorescent Protein). En greffant leurs cellules corticales dans le cortex moteur abîmé d'une souris adulte, les chercheurs espèrent visualiser une réparation. Bingo. Les circuits de neurones sont bel et bien restaurés. Publiés en 20074, les résultats sont d'abord accueillis avec une incrédulité qui laisse rapidement place à l'admiration.
À la lumière de ces découvertes, on envisage de soigner autrement les maladies neurologiques, Parkinson en tête. Rappelons que cette pathologie provient de la dégénérescence des neurones à dopamine, concentrés dans la substance noire, une petite zone située au cœur du cortex cérébral. Leur prolongement (les axones) atteignent une zone du cortex plus périphérique, le striatum. C'est là – et non pas dans la substance noire – que l'on essayait de greffer des neurones embryonnaires dopaminergiques. Sans résultat fracassant. Mais notre neurobiologiste a changé la donne avec ses derniers travaux, parus en juillet dernier5. Sur des souris rendues parkinsoniennes, elle a montré qu'il était plus efficace de greffer des cellules embryonnaires dans la substance noire. En gros, ces cellules parviennent à rétablir la voie dopaminergique et, de fait, à améliorer sur le long cours l'état de l'animal.
Dans son domaine, la compétition est rude, ce qui n'est pas pour déplaire à notre chercheuse. Et pas question, malgré les nombreuses offres, de quitter son fief. « Tout marche bien ici ! » Aucun regret, donc, à l'exception du manque de temps. Son mari, enseignant-chercheur également, en sait quelque chose.

Patricia Chairopoulos

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université de Poitiers.
2. Nature, vol. 455, n°7211, pp. 351-357, 18 décembre 2008.
3. Au sein de l'équipe « Physiologie des troubles neurodégénératifs et adaptatifs » dirigée par Mohamed Jaber.
4. Nature Neuroscience, vol. 10, n°10, pp. 1294-1299, octobre 2007.
5. Neurobiology of Disease, vol. 35, n°3, pp. 477-488, septembre 2009.

Contact

Afsaneh Gaillard,
Institut de physiologie et de biologie cellulaires, Poitiers
afsaneh.gaillard@univ-poitiers.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique