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EDITO

Le CNRS plus nécessaire que jamais

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© C.Lebedinsky/CNRS Photothèque

Serge Haroche
Enseignant-chercheur au Laboratoire Kastler Brossel (CNRS / ENS / Université Paris-VI)Professeur titulaire de la chaire de physique quantique au Collège de France.
Médaille d'or du CNRS 2009


Lorsque j'y suis entré en 1967, le CNRS était un organisme en pleine croissance, se développant sous la bienveillante influence des maîtres qu'étaient Alfred Kastler, Louis Néel, Jean Brossel, Pierre Jacquinot et Jacques Friedel. Prolongeant l'œuvre des pères fondateurs – Jean Perrin et Frédéric Joliot –, ils avaient pour idéal le développement d'une recherche libre et indépendante, motivée par la pure curiosité scientifique. Ils pensaient que pour cela, il fallait à la France un centre de recherche indépendant et centralisé, qui devait recruter et employer ses propres chercheurs.
Jusqu'au milieu du siècle dernier, l'université n'avait en effet pas su porter, dans des domaines essentiels comme la physique quantique, le pays au niveau auquel il pouvait aspirer. Les chaires universitaires étaient peu nombreuses et les nominations souvent influencées par un système mandarinal. En créant de nombreux postes à temps plein de chercheurs et en fondant les laboratoires associés (les futures « unités mixtes »), le CNRS a permis d'instaurer dans les universités des conditions propices à la recherche et de garantir le niveau de celle-ci par son système d'évaluation.
Dans les années 1970, l'université s'est ouverte à un flot massif d'étudiants, ce qui a rendu très lourdes les tâches d'enseignement et d'administration des professeurs. Ceux qui ont poursuivi au prix d'efforts héroïques une activité scientifique de haut niveau – et ils furent nombreux – étaient surchargés de travail. Grâce au CNRS, la France a pu alors conserver une recherche compétitive sur le plan international : les unités mixtes, avec leurs chercheurs pouvant se consacrer aux laboratoires, ont réussi à maintenir une recherche universitaire dynamique. La création de l'Institut Universitaire de France (IUF) au début des années 1990 a d'autre part permis de décharger certains professeurs d'une part importante de leur enseignement.
Au cours de ma carrière, j'ai été témoin de l'évolution du CNRS et j'ai vu ma relation avec lui se transformer, sans que son importance pour mon travail ne diminue. J'y suis entré comme attaché de recherche à 23 ans, au début de mon travail de thèse. La confiance de l'institution m'a rendu libre, dès le début, de me consacrer sans soucis et préoccupation matérielle au travail qui me passionnait. Si j'ai troqué, à 30 ans, mon poste de chercheur à temps plein pour un poste de professeur d'université, j'ai continué de profiter des liens étroits de mon laboratoire avec le CNRS, en accueillant des jeunes scientifiques exceptionnels. La continuité du soutien humain et matériel apporté par l'organisme à mon équipe au cours de toutes ces années nous a permis de développer un programme de recherche qui a conduit aux résultats que la médaille d'or vient de récompenser. Et maintenant, à l'heure où les universités françaises accèdent à l'autonomie dans un monde globalisé où la concurrence pour les meilleurs cerveaux s'étend à l'Europe et au-delà, quel doit être le rôle du CNRS ? Je pense qu'il est plus nécessaire que jamais. Il doit, par le maintien des laboratoires mixtes, contribuer à l'excellence de la recherche dans le tissu universitaire du pays. Il doit aussi assurer un flux régulier de postes pour des jeunes chercheurs d'avenir. Des formules souples de coopération entre les universités et le CNRS pour la création de postes d'enseignants-chercheurs bien rémunérés et pouvant consacrer, au moins au début, l'essentiel de leur temps à la recherche sont actuellement mises en place. Elles vont certainement dans le bon sens. Il faut également améliorer le sort des chercheurs confirmés dont beaucoup stagnent dans leur carrière à un niveau indigne de leur valeur. La création de passerelles entre le CNRS et les universités peut constituer une solution, tout comme une adaptation de l'IUF. Dans tous les cas, une collaboration harmonieuse entre le CNRS et les universités est impérative pour donner ses meilleures chances à la recherche, richesse essentielle de notre pays.

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