Ceradrop
Des composants céramiques « imprimés » par jet d'encre
Détourner un objet de sa fonction initiale : l’astuce permet aux artistes contemporains de transfigurer le monde. Mais elle fournit aussi parfois de nouveaux outils à l’ingénierie ! Grâce à elle, l’équipe de Ceradrop est en passe de s’imposer sur le marché des composants électroniques fabriqués à base de céramique : cette start-up créée en mars 2006 à Limoges s’appuie sur la technique d’impression jet d’encre pour « imprimer » la connectique de circuits et autres composants 3D – et non plus la souder – avec une précision inégalée de l’ordre de quelques micromètres. Une idée tellement d’avant-garde que la jeune pousse s’est retrouvée propulsée, à peine deux ans après sa création, au rang de leader du projet européen « Ceramjet »
1.
L’affaire mérite une explication. Comment passe-t-on d’une impression graphique en 2D à celle de composants high-tech en 3D ? «
En remplaçant les pigments colorés des encres par des particules métalliques ou céramiques en suspension dans un solvant. Couche après couche, les dépôts isolants et conducteurs sont imprimés très précisément les uns sur les autres », indique Rémi Noguéra, cofondateur de la société. Résultat donc : un empilement de circuits de matériaux multiples, réalisés à la demande.
Pour donner vie à ce concept, il aura fallu une thèse réalisée par Rémi Noguéra au laboratoire « Science des procédés céramiques et de traitements de surface » (SPCTS)
2 sous la direction du professeur Martine Lejeune. Puis le dépôt d’un brevet CNRS en 2003, la création de la fameuse start-up détentrice exclusive des droits d’exploitation, et enfin des mois d’adaptation du système. Aujourd’hui, la recherche et le développement continuent, bien sûr, pour parfaire les machines d’impression et les encres et paramétrer les logiciels, en lien étroit avec le laboratoire universitaire. Déjà, deux machines ont été vendues car «
notre approche simplifie les techniques actuelles de fabrication. Une unique machine suffit à obtenir un composant complexe, quand quatre étapes sont nécessaires classiquement », précise le dirigeant.
Mais pour Ceradrop, la microélectronique céramique n’est pas le seul champ d’application : «
Notre métier est de réunir le plus grand nombre d’acteurs possibles autour de cette technologie CNRS et de concéder des licences d’exploitation. Nous réalisons des études de faisabilité pour des prototypes de composants particuliers. » L’impression par jet d’encre façon Ceradrop trouve aussi des applications en santé (sondes d’échographie, biopuces, etc.), en environnement (nez artificiel, catalyse, etc.), ou encore ailleurs…
Aude Olivier
Notes :
1. Il regroupe les principaux acteurs du secteur de la microélectronique céramique.
2. Laboratoire CNRS / Univ. Limoges / ENSCI Limoges.