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3 questions à…

 François Flahault

 

be yourself« Be yourself ! »

Au-delà de la conception occidentale de l'individu

Éd. Mille et une nuits, coll. « Essai », octobre 2006, 272 p. – 12 euros

François Flahault est philosophe au Centre de recherches sur les arts et le langage (Cral, CNRS/EHESS).

 

 

 

« Be yourself ! », « Soyez vous-même ! », témoigne bien de la valorisation de l'individu par notre société occidentale. Mais que cache ce mot d'ordre ?

Il répond au besoin d'exister, de se réaliser et d'être libre. Alors comment ne pas y adhérer, surtout lorsqu'on est jeune ? Malheureusement, il est également flatteur et même trompeur dans la mesure où il laisse entendre que mon être futur est déjà là, au fond de moi comme « un don du ciel » et qu'il n'a plus qu'à s'épanouir, à s'exprimer. Lorsque l'on a atteint l'âge mûr, on sait bien qu'on ne se réalise pas uniquement par soi-même, mais aussi par les rencontres, les liens tissés au cours de sa vie. Bref, grâce à l'intérêt qu'on a su porter à ce qui n'est pas soi. Le livre commence donc par un retour aux sources de ce « Be yourself ! » : au-delà du romantisme, il faut remonter jusqu'à Platon. Il montre ensuite comment des formes de pensée jusqu'à présent sous-évaluées nous permettent de concevoir autrement et de manière plus pertinente le processus par lequel on devient soi-même. Il s'agit d'une part de textes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles sur la conversation et d'autre part de toute une série de contes largement répandus en Europe, voire en Asie.

 

 

Pourquoi accorder une si large part de votre réflexion aux contes ?

Les contes nous livrent un témoignage passionnant sur la condition humaine. La philosophie qu'ils portent en germe est d'autant plus précieuse qu'elle nous permet d'entendre un autre son de cloche que notre grande tradition philosophique. Les contes présentent des affinités avec la pensée des cultures non occidentales, tout en nous étant plus accessibles que celles-ci. Ils recoupent également certaines conclusions qui se dégagent de l'anthropologie sociale et de la psychologie du développement. Ils éclairent ainsi d'un regard neuf la grande question « Qu'est-ce que l'être humain ? » et la recherche de sagesse.

 

 

À quelles représentations de l'individu nous conduisent les contes ?

Nous sommes habitués à penser que l'émancipation de l'individu passe par le rejet de toute dépendance. Les contes, plus réalistes, nous montrent comment l'autonomie peut se construire dans l'interdépendance. Le pouvoir de devenir quelqu'un ne vient pas de soi, on le reçoit de la génération précédente. Les jeunes héros s'appuient sur ce que leurs parents leur ont transmis pour se détacher d'eux et nouer de nouveaux liens avec des personnes de leur propre génération. Les contes nous montrent également que nos schémas d'action rationnelle (se fixer un objectif et choisir le meilleur moyen d'y parvenir) ne sont pas toujours pertinents. Les personnages de contes, eux, tirent parti de ce qui survient en chemin. Confrontés à une rencontre inopinée, à des éléments insignifiants, ils se montrent disponibles et font preuve d'une adéquation avec les choses et les êtres. C'est ainsi que, paradoxalement, un certain oubli de soi mène à soi.

 

Propos recueillis par Magali Sarazin

 


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