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Joël Bockaert. Biologiste

Le découvreur du gène anti-oubli

Il a, comme on dit familièrement dans le Midi, une « bonne bouille ». L'air est souriant, le regard lumineux, cerclé d'une paire de petites lunettes rondes. Vêtu d'une chemise et d'un pantalon en jean, il vous accueille dans son bureau de l'Institut de génomique fonctionnelle de Montpellier 1 où s'empile une multitude de dossiers. Aux murs, comme seule décoration, deux photographies de visages sculptés dans le bois, japonais. « Je les aime bien, ils m'apaisent, dit Joël Bockaert, directeur de recherche au CNRS, professeur de biologie à l'université Montpellier-I après avoir été sous-directeur de la chaire de physiologie cellulaire au Collège de France. Le Japon fait partie de mes pays préférés. » Sur une étagère, on peut apercevoir son titre de professeur honoraire de l'université des sciences et techniques de Huazhong en Chine. « Une de mes dernières fonctions ! Mais aujourd'hui, j'ai beaucoup trop de responsabilités qui encombrent mon véritable travail de chercheur. » À l'Institut fédératif de recherche, à la génopole Montpellier Languedoc-Roussillon, au campus universitaire 2… Et pourtant, les 900 000 personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer en France – ou celles qui souffrent d'autres pathologies neurodégénératives – peuvent compter sur lui et son équipe de l'Institut de génomique fonctionnelle : plus de 50 % des médicaments utilisés actuellement en thérapeutique ont pour cible les récepteurs des hormones et des neurotransmetteurs (comme le glutamate ou la séroto­nine) sur lesquels ils centralisent leurs recherches avec la plus grande célérité.

Rien ne prédestinait Joël Bockaert à devenir un maître en biologie moléculaire, Grand Prix Charles-Léopold Meyer de l'Académie des sciences. Né à Roubaix en octobre 1945, il quitte « le ciel pollué de charbon du Nord » à l'âge de trois ans pour aller respirer l'air d'Arcachon. « Ma mère étant très asthmatique, mon père a donc décidé de changer de vie. Quant à moi, j'ai suivi le parcours classique d'un enfant qui marchait bien à l'école : mes parents, pas riches, m'ont poussé à me présenter à l'École normale d'instituteurs à la fin de la troisième. » Mission accomplie en 1961. « Je peux dire qu'à partir de cette date, s'exclame-t-il en lâchant un petit rire, j'ai passé un concours presque chaque année jusqu'à l'agrégation de sciences naturelles ! » Le baccalauréat, le concours d'entrée à l'université de sciences physiques, chimiques et naturelles à Bordeaux, « une ville bourgeoise, trop étriquée où je ne me sentais pas à l'aise », celui de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris – « sans avoir bûché comme un fou ». En 1966, licence ès sciences ; 1967, diplôme d'études supérieures de sciences naturelles pour lequel il travaille sur l'ocytocine, hormone secrétée au cours de l'accouchement et qui intervient dans les relations amoureuses chez les animaux. « J'ai été parmi les premiers à identifier les récepteurs moléculaires de cette hormone au moyen de substances radioactives, explique-t-il. Ma thèse de doctorat portait sur ce sujet. Je l'ai obtenue grâce à l'aide de François Morel, professeur au Collège de France, et à mes recherches au centre nucléaire de Saclay avec Serge Jard. »

En 1974, il transite une année à Chicago (États-Unis) au département de physiologie de la Northwestern University Medical School avant de ­revenir au Collège de France. Puis c'est l'arrivée, en 1982, au Centre de pharmacologie-endocrinologie CNRS-Inserm de Montpellier. « C'était le Far-West. Le bâtiment se trouvait, à cette époque, au milieu des champs. » Depuis, ce scientifique passionné par les gènes ne cesse de les traquer, de les identifier en reprenant à l'académicien François Jacob cette maxime : « L'évolution, c'est du bricolage moléculaire » ! Ses travaux sur l'identification des familles de gènes qui préviennent le déficit de la mémoire ont permis à un grand laboratoire pharmaceutique montpelliérain de développer une molécule pour le traitement de la maladie d'Alzheimer.

Son peu de temps libre, il le partage entre sa femme, Sylvie, professeur de français dans le secondaire, et sa maison de campagne près du Larzac où il cultive ses fleurs le dimanche. Les voyages, aussi. Et son petit-fils surtout : « J'ai manqué de disponibilité envers mon fils unique. J'étais trop jeune pour bien observer ce qui se passait. J'essaie de me rattraper ! »

 

Florence Castelnau-Mendel

 

 

 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Inserm / Universités Montpellier-I et II.
2. L'ensemble des labos, 160 personnes, dont 60 chercheurs.

Contact

Joël Bockaert
Institut de génomique fonctionnelle (IGF), Montpellier
joel.bockaert@igf.cnrs.fr


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