
Évaluation de la recherche
Comment juge-t-on qu'une recherche est une avancée pour la société, qu'un chercheur ou qu'un laboratoire mène à bien sa mission, qu'un organisme scientifique conduit une politique dans la bonne direction ? Par le biais de l'évaluation, qui peut être le fait – tel est le cas au CNRS – d'instances comme le Comité national (voir encadré), représentatives du monde scientifique et composées d'experts nationaux et internationaux. Un exercice complexe puisque l'évaluation s'effectue dans divers contextes (analyse d'un article, recrutement d'un chercheur, création ou renouvellement d'une formation de recherche, réponse à un appel d'offres, évolution de carrière), y compris pluridisciplinaires et internationaux et qu'elle peut être menée différemment selon le positionnement des évaluateurs.
Parce qu'elle consiste à émettre un jugement de valeur, elle porte en elle une dimension éthique. C'est précisément sur cette question que le Comité d'éthique du CNRS (voir Journal du CNRS n°162-163) a voulu rebondir2. En effet, après s'être « auto saisis », ses membres ont publié en juin dernier, une version très remaniée du texte rédigé en 2001 sur le sujet, par le précédent Comets. Isabelle de Lamberterie3, persuadée qu'« un des fondements même de la qualité de la recherche passe par le filtre de l'évaluation », a participé à ce travail collectif. « Nous proposons une réflexion sur les principes éthiques – indépendance des évaluateurs, respect du devoir de confidentialité, nécessité d'être explicite, limitation du pouvoir des réseaux, etc. – à prendre en compte afin que la démarche d'évaluation soit la plus rigoureuse possible. Ce texte reste ouvert et chacun peut en avoir une lecture selon sa position ». Ce document a été élaboré avec le concours de tous ceux qui, impliqués dans ce processus d'évaluation, ont bien voulu réagir : les présidents de section du Comité national notamment. Lors de la mise en place du nouveau Comité national (automne 2004), le Comité d'éthique du CNRS invitera les membres récemment élus ou nommés à prendre connaissance de ce texte afin de poursuivre avec eux la réflexion sur le sujet. Car il n'est pas facile, pour des pairs, d'apprécier un programme, le travail d'un chercheur tous les deux ans ou d'une équipe de recherche tous les quatre ans – telle est la règle – avec une totale neutralité. Une des difficultés réside par exemple dans la tendance à s'appuyer uniquement sur la réputation. Elle éclaire, mais ne suffit pas toujours. De même que le risque est grand pour les évaluateurs d'enfermer inconsciemment leur jugement en s'appuyant uniquement sur l'état actuel des connaissances. Ce qui ne laisse pas place à l'inédit. « La recherche fondamentale innovante peut être difficile à programmer et l'évaluation implique toujours une prise de risques », affirme Isabelle de Lamberterie. La quantité des résultats de recherche n'est pas, quant à elle, forcément synonyme de qualité.
C'est pourquoi le Comets rappelle les dérives qui guettent n'importe quel organisme. « Ce qui compte, martèle la directrice de recherche, c'est l'indépendance de l'évaluateur. D'où parle-t-il ? Ou plus précisément dans quelle situation se trouve-t-il par rapport au chercheur ou à l'équipe évaluée ? Est-il concurrent dans le même champ de compétences ? ». Pour plus de transparence, le Comets penche pour une justification des évaluations et incite à clarifier la distinction et la prise de distance entre évaluation et décision. Enfin, le rajeunissement des évaluateurs demeure un point important, le travail d'évaluation devant faire partie de la mission du chercheur.
Stéphanie Bia
Comité National : ses missions
S'il est géré par le CNRS, le Comité national de la recherche scientifique est indépendant. Il regroupe des instances ayant pour mission le conseil et l'évaluation de la recherche. C'est au sein de cette assemblée, composée de plus de 1 000 experts nationaux et internationaux, que s'analysent, s'expertisent et se jugent la qualité des chercheurs, les performances des unités et des équipes liées au CNRS.
Par son analyse de la conjoncture et de la prospective, le Comité national participe à l'élaboration de la politique scientifique de l'établissement.
Il est constitué de membres élus (répartition en collèges électoraux) et de membres nommés (personnalités du monde scientifique et économique et personnalités étrangères) dont le mandat est renouvelé tous les quatre ans. Ainsi, par son mode de désignation et sa composition, le Comité national est largement représentatif de la communauté scientifique.
Il comprend :
- 1 conseil scientifique
- 8 conseils scientifiques de département
- 40 sections
- 6 commissions interdisciplinaires.
1. Voir, en une, le site du CNRS.
2. Ce thème a également été traité par le comité d'éthique de l'Inserm.
3. Membre du Comité d'éthique du CNRS, Isabelle de Lamberterie est aussi directrice de recherche au Centre d'études sur la coopération juridique internationale (Cecoji). Et fût membre nommé du Comité national (de 1984 à 1992 et de 1998 à 2000). Elle est enfin experte auprès de la commission des Communautés européennes.
Isabelle de Lamberterie, Cecoji, Ivry-sur-Seine, delamberterie@ivry.cnrs.fr