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Marseille, 6 février 2004

La polykystose rénale

Une équipe française dirigée par Patrick Delmas propose un mécanisme pour la polykystose rénale autosomique dominante (PKRAD), une maladie génétique fréquente, à l'origine de 10 à 15% des insuffisances rénales chroniques terminales. Environ 60 000 à 80 000 sujets sont touchés en France. Cette maladie, caractérisée par la présence dans les deux reins de nombreux kystes, est due à un défaut de fonctionnement des polycystines, une famille de protéines qui joue un rôle crucial mais encore mal connu dans le développement et la morphogenèse des reins. C'est en utilisant des neurones génétiquement modifiés, programmés pour exprimer les polycystines, que l'équipe de Patrick Delmas montre que les polycystines fonctionneraient comme des microcapteurs de la pression des fluides à l'intérieur des tubules rénaux. C'est la perte de fonction de ces capteurs qui pourrait être à l'origine de la polykystose rénale.

Des microcapteurs sensoriels à la surface des cellules épithéliales du rein.

La polykystose rénale autosomique dominante, maladie qui touche une naissance sur mille, est caractérisée par la présence dans les deux reins de nombreux kystes qui se remplissent d'un liquide jaune, parfois hémorragique ou infecté. Ces kystes se développent à partir des différents segments des tubules rénaux et s'accompagnent d'une prolifération excessive de l'épithélium tubulaire et d'une perte partielle des caractéristiques des cellules épithéliales. En augmentant progressivement de volume, ces kystes compriment les structures saines des reins et entraînent une insuffisance rénale. Les premières manifestations apparaissent en général après 25-30 ans, d'où l'ancien nom de "polykystose rénale de l'adulte", bien que les kystes se développent dès l'embryogenèse. De nombreuses manifestations extra-rénales sont également associées à la PKRAD, comme les kystes hépatiques et ovariens, les anévrismes intracrâniens et les valvulopathies cardiaques. Ces manifestations systémiques de la maladie révèlent une anomalie généralisée dans la différentiation des cellules épithéliales de nombreux organes. Aucun traitement efficace de cette maladie n'est aujourd'hui disponible.

Les gènes mutés dans cette maladie sont bien connus. Dans 85 % des cas, l'anomalie génétique porte sur le gène de la polycystine 1, une protéine impliquée dans les phénomènes d'adhésion entre protéines et cellules. Dans les 15 % de cas restant, l'anomalie porte sur le gène de la polycystine 2, une protéine qui forme un canal transporteur de calcium dans la membrane des cellules épithéliales. Les travaux de Patrick Delmas et de ses collaborateurs montrent que les polycystines 1 et 2 s'associent à la surface des cellules épithéliales pour former des complexes macromoléculaires qui agissent comme des capteurs de l'environnement extracellulaire (1). Ces capteurs sont principalement présents sur les cils et la membrane externe des cellules épithéliales et sont activés en réponse à des stress mécaniques exercés par la circulation de liquide à l'intérieur des tubules rénaux (2). Il est proposé que ces mécano-senseurs de la pression tubulaire contrôlent la prolifération des cellules du rein afin de remodeler en permanence les tubules rénaux et de maintenir constante la pression qu'exercent les fluides à l'intérieur du rein. Bien que les mécanismes moléculaires restent encore à clarifier, le dysfonctionnement de ces microcapteurs sensoriels que sont les polycystines est sans doute à l'origine de la dilatation des tubules et de la formation des kystes.

Références :

(1). Gating of the polycystin ion channel signaling complex in neurons and kidney cells. Delmas P., et al. The FASEB Journal. A paraître online le 6 février 2004.

(2). Polycystins 1 and 2 mediate mechanosensation in the primary cilium of kidney cells. Nauli SM et al. (2003) Nature Genetics 33, 129-137.


Contacts :

Contact chercheur :

Patrick Delmas

Laboratoire d'Intégration des informations Sensorielles, Marseille.

Tél : 04 91 69 89 70

Mél : delmas.p@jean-roche.univ-mrs.fr



Contact département des Sciences de la vie :

Françoise Tristani

Tél : 01 44 96 40 26



Contact presse :

Isabelle Tratner

Tél : 01 44 96 49 88

Mél : isabelle.tratner@cnrs-dir.fr


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