Moteur de recherche

 

Espace presse

Paris, 28 novembre 2003

Renards, aigles et cochons des îles californiennes…éliminer une population protégée pour en sauver une autre.

Sur l'île de Santa Cruz, au large de la Californie, les autorités sont soumises à un dilemme écologique : pour sauver de la disparition le renard insulaire, il semblerait inévitable de s'en prendre à une autre espèce protégée, l'aigle royal. Cet exemple paradoxal de conservation de la biodiversité a été mis en évidence par Franck Courchamp du Laboratoire écologie, systématique et évolution (CNRS, Université Paris 11) et des collaborateurs américains. Ces travaux sont publiés dans la revue Science du 28 novembre 2003.

Le renard insulaire est une espèce endémique constituée de six sous-espèces, chacune restreinte à une population présente sur six îles situées au large de la Californie (the California Channel Islands). Depuis une dizaine d'année, trois de ces îles (celles du Nord) ont vu leur population décroître de manière alarmante : il ne subsiste plus que quelques individus maintenus en captivité sur deux des îles, et la troisième, Santa Cruz, n'est constituée que d'une faible fraction de ses effectifs initiaux. De précédents travaux avaient permis aux chercheurs de montrer que le déclin rapide de ces trois populations était dû à la prédation des aigles royaux. Ces derniers avaient été attirés sur l'île par la présence de cochons sauvages, introduits par l'homme, dont ils se nourrissent. Ces cochons sont aujourd'hui encore la cause de la présence des aigles royaux sur l'île.

Un programme imminent de conservation de la biodiversité du Parc National de l'île Santa Cruz est basé sur l'éradication des cochons de l'île, dans le but de supprimer la base alimentaire qu'ils représentent pour les aigles. À l'aide d'un modèle mathématique décrivant la dynamique des populations des trois espèces impliquées dans ce système – renards, aigles et cochons – l'équipe de Franck Courchamp a testé l'efficacité de plusieurs stratégies d'intervention sous la forme de différentes intensités de contrôle des cochons et/ou des aigles. Les chercheurs montrent qu'en présence d'aigles, le contrôle des cochons mène à une diminution de la population de renards, et même à son extinction pour des fortes valeurs de contrôle. La protection de la population de renards ne peut donc se faire qu'avec un contrôle simultané des cochons et des aigles. Les aigles royaux étant protégés aux États-Unis, les gestionnaires de la biodiversité sont par conséquent placés devant un dilemme, qui se présente sous la forme d'un paradoxe : la sauvegarde d'une espèce protégée, le renard insulaire de Californie, est conditionnée par la destruction d'une population d'une autre espèce protégée, l'aigle royal.


Références :

Removing protected populations to save endangered species, Franck Courchamp1, Rosie Woodroffe2, Gary Roemer3
Science 2003 : Volume 302 Number 5650 : 1532
1 Ecologie, Systématique & Evolution, Université Paris-Sud, 91405 Orsay, France.
2 Department of Wildlife, Fish and Conservation Biology, University of California, Davis, CA 95616, USA.
3 Department of Fishery and Wildlife Sciences, New Mexico State University, Las Cruces, NM 88003, USA.

Contacts :

Contact chercheur :
Franck Courchamp
Tél : 01 69 15 56 85
Mél : franck.courchamp@ese.u-psud.fr

Contact département des Sciences de la vie :
Françoise Tristani
Tél : 04 44 96 40 26
Mél : francoise.tristani@cnrs-dir.fr

Contact presse :
Muriel Ilous
Tél : 01 44 96 43 09
Mél : muriel.ilous@cnrs-dir.fr


Haut de page

Derniers communiqués
Toutes disciplines confondues

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique