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Signature du Contrat d'Action Pluriannuel CNRS-ETAT

Signature du Contrat d'Action Pluriannuel CNRS-ETAT
21 mars 2002


Discours de Roger-Gérard Schwartzenberg,
Ministre de la recherche
Discours de Gérard Mégie,
Président du CNRS
Discours de Geneviève Berger,
Directrice générale du CNRS



DISCOURS de Roger-Gérard Schwartzenberg
Ministre de la recherche

Signature du Contrat d'Action Pluriannuel CNRS-ETAT
21 mars 2002


Je suis heureux que nous soyons réunis, aujourd'hui au ministère de la Recherche pour signer le contrat d'action pluriannuel du CNRS.
Depuis juillet 2000, c'est le treizième contrat pluriannuel que je signe avec un organisme de recherche; trois autres seront signés dans les toutes prochaines semaines.
Les treize contrats déjà signés l'ont été avec l'INRIA, le CEMAGREF, l'INRETS, le LCPC, l'ANVAR, le CEA, le BRGM, l'IRD, l'ADEME, l'INRA, l'IFREMER, l'ANDRA et, aujourd'hui, le CNRS.
Les trois contrats qui seront signés très prochainement seront ceux du CIRAD, de l'INED et du CNES.
Au total, j'aurai donc signé 16 contrats d'action pluriannuels avec les organismes de recherche.

Je crois fondamentalement à cette démarche de contractualisation. Il importe en effet de dialoguer et d'échanger avec les organismes de recherche.
Pour ma part, j'ai toujours préféré le débat au diktat, le contrat à la contrainte.
J'ai toujours été fidèle à cette ligne que j'avais d'ailleurs mise en œuvre lorsque j'étais en charge des Universités au gouvernement de 1984-1986, en lançant les premiers contrats quadriennaux Etat-Universités.

La loi du 12 juillet 1999 prévoit aussi cette démarche contractuelle pour les organismes de recherche. A son article 1er, elle dispose que " tout établissement public de recherche peut
conclure avec l'Etat des contrats pluriannuels qui définissent, pour l'ensemble de ses activités, les objectifs de l'établissement ainsi que les engagements réciproques des parties. L'exécution de ces contrats fait l'objet d'une évaluation ".
Ces contrats d'action pluriannuels permettent aux organismes de
s'inscrire dans la durée et de planifier leur action.
Ce 12ème contrat conclu aujourd'hui revêt évidemment une importance particulière puisqu'il concerne le CNRS, qui, par son histoire, par sa dimension et par ses résultats scientifiques, est l'organisme de recherche français le plus important.
Le CNRS représente aujourd'hui 25% du budget civil de recherche et développement (BCRD) et rassemble plus de 26.000 agents, dont près de 12.000 chercheurs. La dotation de l'Etat à cet établissement s'élève à près de 2,2 milliards d'euros.

Au-delà de ces aspects strictement quantitatifs, le CNRS est le seul organisme de recherche pluridisciplinaire à
intervenir dans tous les domaines de la connaissance et de la recherche fondamentale.

I . Ce contrat avec le CNRS est le terme de tout un processus

La signature de ce contrat intervient, en effet, au terme d'une période marquée par plusieurs faits : publication d'un nouveau décret portant organisation du Centre, nomination d'un nouveau président et d'une nouvelle directrice générale, rapport de la Cour des comptes qui a mis en lumière certaines faiblesses et adoption du projet d'établissement de l'organisme.

Le décret du 25 octobre 2000 a amélioré de façon notable la gouvernance de l'organisme :

  • en accroissant son autonomie : le président et le directeur général se sont vus investis de nouvelles responsabilités, notamment pour la création des instituts et des départements scientifiques
  • en assurant un meilleur équilibre entre ses organes de direction et d'administration : le président veille à l'application des orientations définies par le conseil d'administration, le directeur général assure la direction scientifique, administrative et financière de l'organisme.
  • en ouvrant l'organisme sur l'extérieur, notamment par la création d'un comité d'évaluation externe.


Parallèlement à ce nouveau décret,
un nouveau président et une nouvelle directrice générale ont été nommés au second semestre 2000, afin de donner une dynamique forte au CNRS. Le premier objectif que je leur ai fixé dans leur lettre de mission du 5 décembre 2000 était, précisément, de lancer très vite une réflexion sur les axes stratégiques du CNRS et d'aboutir dans un délai d'un an.

Le projet d'établissement, qui fixe les grandes orientations de l'organisme pour l'avenir, a été le premier chantier lancé par la nouvelle équipe dès le début de 2001, alors que le CNRS n'avait pas élaboré de projet d'établissement depuis près de dix ans. Il a fait l'objet de nombreuses consultations et associé plusieurs groupes de travail. Adopté par le Conseil d'administration le 4 février 2002, il a permis de dégager trois grandes priorités : l'interdisciplinarité, l'espace européen de la recherche et la déconcentration des modes d'organisation.

Ce projet d'établissement n'aurait cependant pas été pleinement opérationnel sans l'élaboration, en parallèle, d'un
contrat d'action pluriannuel déclinant de façon précise ces orientations et engageant l'Etat et le CNRS pour une durée de quatre ans. C'est ce contrat que nous signons aujourd'hui. Cette signature conclut cette période de réflexion stratégique entamée depuis un peu plus d'un an.

Nouvelle dynamique scientifique, mise en place de l'interdisciplinarité, gestion des emplois et des compétences, déconcentration, approfondissement du partenariat avec les universités : sur chacun de ces thèmes stratégiques le contrat d'action pluriannuel prévoit plusieurs mesures importantes et concrètes. Elles seront mises en place par le CNRS et l'Etat dès le premier semestre 2002, avec une évaluation des premiers résultats dès le début de l'année 2003.
Là aussi, ce contrat résulte d'une large
concertation, qui était au demeurant prévue par les statuts rénovés du CNRS. Le texte intègre donc les propositions des différentes instances consultatives. Le comité technique paritaire et le conseil scientifique l'ont successivement adopté les 26 et 27 février. Le conseil d'administration a définitivement adopté le contrat le 15 mars dernier.

II. Ce contrat marque en même temps un nouveau départ pour l'établissement

1. Le contrat d'action fixe une stratégie scientifique claire au CNRS

Le contrat identifie
cinq axes prioritaires, au croisement des différents disciplines, qui doivent faire l'objet d'efforts particuliers dans les prochaines années.
Trois de ces axes correspondent à ceux retenus par le ministère au plan général : deux ont été retenus lors des derniers comités interministériels de la recherche scientifique et technique (CIRST) et feront l'objet de créations d'emplois importantes dans les années qui viennent (
les sciences du vivant et les sciences et technologies de l'information et de la communication), le troisième, qui a été ajouté par moi-même, concerne l'environnement, l'énergie et le développement durable.
Deux autres axes constituent des priorités de l'établissement à proprement parler : d'une part,
les nanosciences et les nanotechnologies, d'autre part les astroparticules et la compréhension de l'Univers.
Ces axes sont stratégiques pour la
compétitivité scientifique et économique de notre pays dans les années à venir : que l'on songe aux technologies liés aux énergies renouvelables ou aux applications des nanosciences dans les sciences du vivant.
Le CNRS doit jouer tout son rôle dans l'avancement de ces recherches, étant un des seuls organismes à réunir dans une seule structure l'ensemble des champs disciplinaires.

2. Le contrat d'action donne également à l'organisme les moyens de réagir face à ces défis scientifiques

Afin de mettre en œuvre cette politique scientifique, le contrat propose de développer différentes actions, dont le suivi et les résultats seront présentés annuellement au Conseil d'Administration de l'organisme. Il s'agit d'une véritable révolution dans la gestion et la conduite de la politique de la recherche de l'organisme. Celle-ci a pour objet tant de faciliter la mise en œuvre de la politique scientifique définie par l'organisme que de donner davantage d'autonomie et de responsabilité aux laboratoires dans la conduite de leurs recherches.

Trois mots d'ordre peuvent qualifier cette évolution :
interdisciplinarité, contractualisation entre les différents niveaux du centre, gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Le contrat se fixe pour objectif de développer l'interdisciplinarité.
Plusieurs actions sont prévues pour lever les obstacles au développement de l'interdisciplinarité :

  • la fixation d'un contingent de 20% des postes ouverts pour les thématiques interdisciplinaires,
  • la création de cinq commissions interdisciplinaires,
  • le lancement d'une réflexion sur le contour des sections du Comité National
    dès 2003, dans la mesure où ce contour peut constituer dans un certain
    nombre de cas un frein au développement de l'interdisciplinarité,
  • la création de pépinières de projets interdisciplinaires.

Le contrat d'action se fixe également pour objectif d'améliorer la mise en œuvre des choix stratégiques de l'organisme par la généralisation de la pratique contractuelle à l'intérieur de l'établissement.
Il s'agit de rendre plus visibles les perspectives tracées par la direction générale et d'améliorer les instruments de pilotage, tout en conservant l'espace de liberté nécessaire au chercheur et la prise de risque individuelle inhérente à son métier. Ainsi, l'action de prospective scientifique sera encouragée dans les unités de recherche, les directions scientifiques, les départements. Et une mission de la stratégie sera placée auprès du Président et de la Direction Générale.

Surtout, des
contrats d'action seront signés entre les différents niveaux : Direction Générale, Directions Scientifiques et Unités de recherche. Une charte de l'encadrement précisera les objectifs qui seront fixés aux différents responsables.
De même, la
gestion budgétaire, financière et comptable sera améliorée, en mutualisant les crédits mis à la disposition des unités de recherche, afin d' augmenter leur consommation en cours d'exercice et d'adapter la délégation des crédits aux besoins des laboratoires.

Dans son discours prononcé à Evry le 13 mars dernier, le Premier ministre a souligné lui aussi l'intérêt de mettre en place une telle politique contractuelle entre les laboratoires et la direction des établissements, sous la forme de " contrats de recherche et d'action ", afin de donner plus d'efficacité à la gestion de la recherche.
En prévoyant de
généraliser le contrat comme mode de relation à tous les niveaux de l'organisme, le CNRS a incontestablement montré l'exemple et s'est engagé dans la bonne voie.

Enfin, toujours au chapitre de la meilleure réactivité de l'organisme, le contrat prévoit la mise en œuvre par le CNRS d'une ambitieuse politique de
gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Un schéma pluriannuel de recrutement des chercheurs et des ITA sera adopté d'ici la fin du premier semestre. Conformément aux orientations du Plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique que j'ai présenté au Conseil des ministres le 24 octobre dernier, ce schéma détaillera la répartition disciplinaire des recrutements pour les dix ans à venir. Il s'agira notamment d'utiliser les départs à la retraite pour opérer des redéploiements vers les champs pluridisciplinaires prioritaires : aujourd'hui les sciences de la vie, les sciences de l'information et l'environnement; d'autres champs disciplinaires, peut-être, demain.
Ce schéma devra aussi prendre en compte l'évolution des disciplines pour favoriser
les thématiques en émergence et les approches pluridisciplinaires.
En outre, ce schéma prévoiera une
augmentation de la capacité d'accueil de l'organisme avec pour objectif de doubler, d'ici à 2004, le nombre de postes réservés à l'accueil des enseignants-chercheurs au CNRS.
Cela représente la poursuite du mouvement amorcé avec succès depuis la nomination de l'équipe actuelle.

Afin de lui permettre de remplir ces objectifs, 150 postes de chercheurs seront attribués au CNRS dans les années à venir. Ces créations garantiront à l'établissement un taux de recrutement égal ou supérieur à 4%.

3. Le contrat d'action prévoit un approfondissement du partenariat avec les universités

80% des unités du CNRS sont actuellement associées avec des établissements d'enseignement supérieur. Dans le secteur des sciences pour l'ingénieur, la quasi-totalité des unités sont implantées dans des locaux universitaires ou des écoles d'ingénieurs. Les contrats quadriennaux passés entre l'Etat, les universités et le CNRS sont les instruments de mise en œuvre de ce partenariat.

Après plusieurs années de montée en puissance de cette politique,
ces contrats doivent maintenant être renforcés dans plusieurs directions stratégiques : gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique, organisation locale des différents acteurs, nouveaux enjeux liés à l'Europe et aux régions, valorisation de la recherche.

Dans cette perspective, le contrat passé entre le CNRS et l'Etat prévoit que les ministères chargés de la recherche et de l'enseignement supérieur mettront en place au niveau national
une instance de concertation associant la Conférence des Présidents d'Université (CPU) et les organismes de recherche, dont l'objet sera de discuter les orientations à promouvoir dans le cadre de leur partenariat. En particulier, cette instance veillera à la coordination entre les politiques d'emploi des universités et des établissements de recherche.

Au plan local, ce partenariat se traduira par
des accords spécifiques entre le CNRS et l'université, qui négocieront directement leur contenu. Ce contenu sera enrichi par rapport aux contrats d'association actuels et abordera de façon approfondie les perspectives scientifiques et les engagements sur les moyens, humains, matériels et financiers. Une politique de mobilité des personnels sera également mise en œuvre dans le cadre de ce nouveau partenariat, au service de projets scientifiques partagés.

La plus ou moins forte implication du CNRS auprès des diverses universités entraînera sans doute une déclinaison plus ou moins forte de ce partenariat. Cependant, l'Etat conservera son rôle d'arbitrage et de tutelle en cas d'absence d'accord entre l'université et le CNRS sur la stratégie et les moyens de leurs unités mixtes. En outre, conformément aux orientations du Schéma de Services Collectifs de l'enseignement supérieur et de la recherche, le CNRS s'engage à participer au
développement du potentiel de recherche sur le territoire national en direction des régions à dynamique universitaire forte où les organismes de recherche devront être plus présents, le Nord et l'Ouest en particulier.

4. Le contrat d'action prévoit de faire du CNRS un acteur clé de l'espace européen de la recherche, en relation avec ses différents partenaires

Vous le savez, la France a joué un rôle déterminant pour que le
6ème Programme Cadre de Recherche et Développement 2002-2006 marque une rupture par rapport aux programmes cadres antérieurs et qu'il s'inscrive dans la perspective de construire un Espace européen de la recherche. Les résultats que nous avons obtenus le 10 décembre 2001 à Bruxelles, au Conseil des ministres de la Recherche, sont à cet égard très positifs.
Cette construction de l'espace européen s'appuiera sur deux instruments : les
réseaux d'excellence, destinés à mieux structurer et exploiter les capacités de recherche existant en Europe, et les projets intégrés, qui pourront mobiliser des financements importants.

C'est un défi stratégique qui appelle de notre part une grande réactivité. Le CNRS et ses partenaires, en tout premier lieu les universités, doivent tenir un rôle majeur dans le dispositif qui va se mettre en place.
Le contrat quadriennal contient des indications fortes en ce sens. Le CNRS se fixe comme but, en concertation avec les autres organismes, la Conférence des Présidents d'Université et le ministère de la recherche, d'identifier les projets relevant de cette démarche et de se donner les moyens matériels et humains de les faire aboutir.
Concrètement l'objectif pour le CNRS est d'être d'ici quatre ans
coordonnateur d'une dizaine de réseaux d'excellence, et d'être membre de 3 ou 4 réseaux par thématique prioritaire.

Nouvelle stratégie scientifique, modernisation de l'organisation et de la gestion des activités de recherche, approfondissement du partenariat avec les universités, insertion dans l'espace européen : au total, le contrat du CNRS répond bien aux préoccupations exprimées par la Cour des Comptes dans son récent rapport public. Ce rapport portait, il importe de le rappeler, sur la gestion passée, celle des années 1996 à 1998.

Ce contrat montre clairement que l'établissement a su réagir et se donner les moyens de faire face aux défis scientifiques de demain.
Naturellement, ce contrat du CNRS constitue le début d'un processus de rénovation sans en constituer le terme. Pour le faire vivre, l'apport des différentes instances consultatives du CNRS sera nécessaire (Comité national, Conseil Scientifique, conseils scientifiques de département…). La contribution des différents acteurs sera indispensable.

III. Conclusion : Pour une science citoyenne

Enfin, je relève avec satisfaction le dernier objectif, mais pas le moindre, que l'organisme se fixe dans son contrat :
être acteur des relations entre la science et la société.
Jamais la science n'a progressé si vite. Jamais elle n'a donc suscité autant d'interrogations dans le public.
Le CNRS se devait donc d'inscrire dans son contrat des actions visant à
favoriser la rencontre entre le public, particulièrement le public des jeunes, et la recherche en train de se faire, par les chercheurs, dans les laboratoires.
Cette préoccupation rejoint celle de
Jean Perrin, créateur du CNRS et aussi du Palais de la Découverte. Jean Perrin souhaitait :
"rendre manifeste la part déterminante que la Science a prise dans la création de notre civilisation et faire comprendre que nous ne pouvons espérer rien de vraiment nouveau, rien qui change la destinée, que par la recherche de la découverte ".

C'est un bel objectif pour le ministère de la recherche et le CNRS dans les quatre ans qui viennent.



 


 

DISCOURS de Gérard Mégie
Président du CNRS

Signature du Contrat d'Action Pluriannuel CNRS-ETAT
21 mars 2002


La signature du premier contrat d'action pluriannuel entre l'Etat et le CNRS est un événement majeur pour notre organisme. Il marque la traduction opérationnelle d'un travail de réflexion interne qui a permis d'élaborer pour la première fois depuis près de dix ans un projet d'établissement fondé sur une vision du rôle du CNRS dans le monde de la recherche et dégageant les principaux axes d'une stratégie scientifique, d'organisation et de moyens. Il marque également la capacité du Centre à faire partager ces grandes orientations dans un dialogue fructueux avec l'Etat et de garantir ainsi, au delà des aspects budgétaires, les moyens des ambitions affichées en commun.

C'est donc avec un premier sentiment de satisfaction que je souhaite souligner la capacité de réflexion et d'initiative dont a fait preuve notre organisme en élaborant dans un temps relativement court une stratégie cohérente. Et en permettant une première appropriation interne de ces orientations par la mise en œuvre d'une démarche qui a fait appel à un certain nombre de valeurs auxquelles je suis particulièrement attaché : concertation, responsabilité, confiance, dialogue. Ce sentiment de satisfaction se double d'un sentiment de reconnaissance envers les très nombreux collègues, à l'intérieur comme à l'extérieur du CNRS, qui ont consacré temps, intelligence et efforts à bâtir le projet d'établissement et le contrat d'action pluriannuel autour de la Présidence, de la Direction générale, des directions des départements scientifiques et des dirigeants du Centre. Je pense en particulier aux administrateurs du CNRS, qui ont pleinement joué leur rôle en acceptant le rythme accéléré des conseils au cours de ces derniers mois, et aux acteurs essentiels des actions conduites en parallèle au cours de l'année 2001, – groupes de réflexion stratégique, comité national et conseil scientifique, acteurs internes et externes de l'organisme mobilisés autour des séminaires régionaux. Je tiens à les remercier publiquement de leur action au service du Centre.

C'est grâce à ce travail collectif que nous pouvons afficher aujourd'hui une volonté déterminée de voir le CNRS jouer le rôle important qui doit être le sien dans le dispositif de recherche national et international, en s'appuyant sur la cohésion interne et le dialogue permanent avec ses partenaires, afin de remplir pleinement sa mission première de recherche fondamentale au service de l'avancée des connaissances et du développement économique, social et culturel du pays. Afin aussi d'assurer la liberté et l'indépendance de la recherche et la création des savoirs nécessaires pour comprendre et agir. Rôle de définition et d'animation d'une politique scientifique cohérente, d'organisation et de structuration de la recherche, d'ouverture européenne, rôle d'anticipation des grandes évolutions, non seulement scientifiques, mais aussi économiques et sociales, rôle enfin de responsabilité en tant qu'acteur public du débat scientifique.
Permettez-moi de revenir brièvement sur ces grandes orientations autour de trois volets principaux.
Fondée sur la pratique de l'excellence, une première spécificité du CNRS repose sur sa capacité à identifier des orientations scientifiques qui lui permettent d'articuler l'évolution des champs disciplinaires avec une interdisciplinarité qui est aujourd'hui requise dans la plupart des thématiques structurantes de la recherche fondamentale. C'est en se mobilisant autour de cette priorité que le Centre démontre que sa démarche stratégique et scientifique correspond à une vision d'ensemble cohérente de l'évolution de l'organisme, et non à la simple agrégation de politiques disciplinaires. C'est également ainsi qu'il trouve la nécessaire articulation entre les orientations légitimes fixées par les pouvoirs publics, et une recherche innovante qui se fonde sur la motivation et les capacités des personnels réunis dans ses laboratoires. Assumer cette vocation passe certainement aujourd'hui par l'accroissement de la réactivité du Centre, fondée sur la déconcentration de l'organisation, la responsabilisation des acteurs et la mise en œuvre d'une gestion des ressources humaines adaptée au renouvellement important des personnels que nous connaîtrons au cours des prochaines années. Mais elle ne peut aussi se concevoir que dans le cadre de partenariats et de dialogues renforcés avec l'ensemble des acteurs nationaux de la recherche, et en premier lieu les établissements d'enseignement supérieur et les autres organismes de recherche. La refondation du partenariat avec les universités que proposent le projet d'établissement et le contrat d'action pluriannuel que nous signons aujourd'hui est garante de cette dynamique nouvelle.

Le poids national et international du CNRS, sa capacité d'intervention dans l'ensemble des champs disciplinaires, son référentiel d'évaluation fondé sur la recherche de l'excellence, lui imposent également de jouer un rôle actif dans la structuration de la recherche au plan national, régional et européen, en utilisant pleinement les capacités de prospective scientifique, d'allocation de moyens, de programmation et d'évaluation de l'organisme. Notre appareil de recherche est aujourd'hui engagé dans une compétition internationale qui suppose la mobilisation de moyens importants, dépassant les cadres nationaux ou leur simple addition. Dans ce cadre global, l'Europe est une réalité géostratégique et politique. Elle offre un espace unique pour mobiliser les ressources humaines, financières ou technologiques nécessaires à une recherche d'excellence, et donner à celle-ci une meilleure visibilité. Le CNRS fait de cette ambition européenne une de ses premières priorités en s'inscrivant comme un acteur déterminé de la création d'un espace européen de la recherche, qui reste encore pour une large part à inventer.

Enfin, si la recherche publique ne peut prendre comme seule référence une demande sociale multiple, elle doit en tenir compte. Et si la science est un facteur de production conduisant à l'amélioration des conditions de vie et de la santé, et engendrant de la richesse, elle est également perçue aujourd'hui comme potentiellement porteuse de risques. Face à ces évolutions, le CNRS appuiera son action de valorisation sur une concertation accrue avec les acteurs de la sphère économique, de l'industrie aux services, et ne se soustraira pas à sa responsabilité d'acteur public du débat scientifique. C'est aussi en s'appuyant sur sa capacité à mobiliser les chercheurs, en organisant des lieux où puissent se développer de façon utile les controverses scientifiques et en mobilisant sa propre capacité d'expertise, que le Centre créera les conditions d'une meilleure réponse aux demandes et aux besoins de la société, et qu'il pourra répondre aux interrogations de la société qu'elles concernent la science et la culture, ou le positionnement éthique.
C'est autour de cette vision commune de l'avenir du CNRS qu'ont été construits le projet d'établissement et le contrat d'action pluriannuel. Ils marquent une étape importante pour l'organisme, mais ne constituent pas pour autant une fin. En effet, s'ils ont été adoptés à des majorités confortables par le Conseil d'administration du Centre, ils ne peuvent bien évidemment pas se prévaloir d'une unanimité qui aurait été exceptionnelle dans la mesure où la volonté de changement affichée et les innovations annoncées dans le fonctionnement de l'organisme entraînent certaines réticences. Il nous faut donc maintenant mettre en œuvre les actions annoncées pour convaincre encore plus largement, entraîner l'ensemble de la communauté scientifique, et procéder aux évolutions nécessaires de notre projet. Ainsi, les orientations prises et les réflexions complémentaires qu'impliquent des chantiers comme le renouvellement des personnels, l'espace européen de la recherche, la politique régionale, les relations science – société, ne pourront être traduites en actions que si, au travers de la richesse et de la complémentarité de ses diverses composantes et de leurs responsables, unités de recherche, comité national, départements scientifiques et structures fonctionnelles, délégations régionales, direction et présidence, le CNRS se révèle apte à mobiliser l'ensemble de ses acteurs internes, chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, personnels techniques et administratifs, autour de ce projet commun. Il s'agit donc pour le Centre de relever ces défis, afin de favoriser, d'accompagner, voire d'accélérer l'évolution de notre organisme pour poursuivre sans cesse plus avant l'accomplissement de ses missions au service d'une recherche créative, innovante et de plus en plus compétitive.







 

DISCOURS de Geneviève Berger
Directrice générale du CNRS

Signature du Contrat d'Action Pluriannuel CNRS-ETAT
21 mars 2002

La signature du contrat d'action pluriannuel du CNRS avec l'Etat marque un temps fort pour notre maison. Contrat d'Action Pluriannuel " C. A. P. ", c'est le cap, c'est la direction que se fixe notre maison pour les quatre ans qui viennent. Au delà d'orientations stratégiques, pour la première fois, nous avons pu aboutir à un plan concret que la direction a la responsabilité de rendre fonctionnel.

Ce contrat est un travail collectif, c'est une réussite, et la part de ce ministère dans cette réussite est à souligner. Ce pari n'était pas gagné, car le CNRS évolue entre trois contraintes : son expérience reconnue, son volume et son périmètre, son obligation sociétale.

L'expérience reconnue

Créée en 1939, la maison CNRS est maintenant une dame d'âge mûr. De cet état, elle en a tous les acquis et toutes les richesses. Elle a certes, au cours de ces années, gagné en sagesse, en production scientifique, en reconnaissance de cette production, en expérience, en reconnaissance de cette expérience.

Mais l'expérience acquise peut aussi être un refuge, peut induire des réflexes de répétition, et finalement conduire à l'immobilisme et au sur place.

Arrivée à cette période de sa vie, notre maison devait faire une pause, se regarder dans un miroir et faire le point.

De cette observation, de ce travail collectif, notre maison tire des leçons et décide
aujourd'hui, sans renoncer à ses atouts, à ses attraits, tout simplement de mieux faire.

Ainsi, elle se forme à l'utilisation des nouveaux outils de communication. Je fais allusion, vous l'avez compris, à la création du nouveau département des Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication et à la priorité donnée à ce secteur.

Ainsi, elle décide plus que jamais que son expérience reconnue sera désormais utile à nos concitoyens. Nos concitoyens sont soucieux de leur santé, de la qualité de la vie ou de la sécurité alimentaire ; elle affiche les sciences de la vie comme prioritaires. Nos concitoyens sont soucieux de la préservation de l'environnement ; elle transforme son institut des Sciences de l'Univers en le féminisant, l'INSU devient l'INSUE, Sciences de l'Univers et de l'Environnement. En dehors de ces priorités qui sont celles de l'Etat, elle s'investit dans les nouveaux champs émergents, les nanotechnologies, ou dans la recherche de réponses aux grandes questions fondamentales. Celles-ci sous le label d'astroparticules, visent notamment à comprendre l'origine de particules hautement énergétiques en provenance de l'espace ou de vérifier si notre univers aurait, non pas quatre, mais onze dimensions.

Son volume et son périmètre

Le CNRS, …. 26000 agents, tous au service de la recherche ! Ce volume est un atout. Il n'est pas d'endroit dans le monde où le CNRS ne soit présent. Il n'y a pas d'endroit où il ne participe à une image positive de la France et de sa recherche. A l'heure de la globalisation et de la mondialisation, son volume est un atout "moderne ".

Mais l'avantage de ce volume a des limites et des contraintes : nous le voyons tous les jours. Comparé aux ramifications d'un arbre pulmonaire, à partir des grosses bronches, on contrôle parfois mal la ventilation des alvéoles terminales.


Il fallait, dans le contrat d'action avec l'Etat, prendre en compte ces atouts et ces limites. Il faut faire en sorte de tirer parti du CNRS comme un " tout ", plus riche que la " somme " des parties.

Il faut prouver que le CNRS est plus que la somme de ses chercheurs, ingénieurs, personnels techniques et administratifs, plus que la somme de ses laboratoires ou que l'addition de ses départements scientifiques.

Le CNRS est riche de tous ses champs disciplinaires, il doit plus encore que par le passé savoir les mobiliser ensemble. Notre contrat propose des mesures concrètes pour l'interdisciplinarité, la pluri- ou la transdisciplinarité, s'agissant des individus, des structures ou des programmes. Des commissions interdisciplinaires, de recrutement et d'évaluation, seront créées. Une redéfinition complète des contours du Comité National suivra.


L'Espace Européen de la Recherche sera l'espace du CNRS. Nous avons montré la direction en organisant des opérations pilotes : réseaux d'excellence et projets intégrés, laboratoires européens associés, groupements de recherche européen.
Enfin, l'importante structure que représente le CNRS, nous a conduit à proposer des modifications profondes mais nécessaires pour :

  • Définir des choix scientifiques, savoir les impulser et pouvoir les soutenir : quelles sont les priorités ?
  • Faire partager les perspectives : conquérir l'adhésion,
  • Détecter l'émergence : savoir quand donner sa chance, prendre des paris, tirer profit de l'échec,
  • Responsabiliser l'ensemble des acteurs : savoir créer des références communes de direction et d'animation,
  • Généraliser le principe de contrat d'action : savoir définir ensemble des objectifs, des moyens, des marqueurs de performance,
  • Faire de l'évaluation un levier de l'action.

L'obligation sociétale
Le CNRS reçoit une part importante des moyens de la recherche publique, il doit rendre des comptes. C'est son contrat sociétal.

Ainsi,
plus qu'une mission, la valorisation économique et culturelle de ses travaux est un devoir. Il faut savoir conjuguer recherche fondamentale et recherche appliquée : il y a une recherche pour l'avancée des connaissances, il y a une recherche qui répond aux questions de la société, il y a une recherche motrice de l'innovation et de l'essor économique. Le CNRS s'engage ainsi à renégocier trois accord-cadres par an avec les grands groupes industriels, basés sur la copropriété intellectuelle. Le CNRS s'engage chaque année à participer à la création de 50 entreprises issues de sa recherche.

Le CNRS doit pouvoir partager avec
chaque université et école d'ingénieurs, la stratégie scientifique la mieux appropriée, s'engageant clairement sur le partage des moyens humains et financiers. Il jouera ainsi son rôle structurant de la recherche française.

Enfin, le CNRS va désormais tracer ses prospectives en matière d'emploi scientifique. Il contribuera par ce biais également à l'évolution de l'espace de la recherche nationale.

Pour conclure, nous voyons que par son contenu opérationnel, le contrat d'action pluriannuel CNRS-Etat répond à un besoin :
il s'agit de traduire au CNRS la réflexion en action. Les objectifs affichés aujourd'hui sont forts et volontaristes. Ils ont été acceptés collectivement.
Vivre la science en mouvement, conduire la recherche, pour le citoyen, par le CNRS.

Un CNRS plus fort, plus riche, qui a aujourd'hui, par votre travail à tous avec moi, un contrat d'action.

Merci à tous,

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